Laurent Fouillé déMobiliste

Sociologue Urbaniste

Mise en abyme de l’injonction contradictoire.


Paradoxe dans le traitement de l’information

L’édition du 10/10/24 de Ouest France est une œuvre d’art, mais il est difficile d’encadrer un journal, il faudrait le fixer à un bâton comme dans les hôtels. Je crains qu’il n’ait fini comme les autres, par emballer une botte de poireaux, collecter les épluchures ou allumer le feu.

Une œuvre d’art éphémère que j’ai aperçue un matin à Orléans

Je ne le reproduirai pas ici, par peur d’enfreindre les droits d’auteur. Ce serait pourtant tellement plus simple de vous montrer des images (sachant que j’ai pris des photos). Je vais devoir vous le décrire par le menu, avec mes mots et un peu de ruse. Il est parfaitement possible d’exposer le procédé sans en reproduire ni diffuser les contenus. A bien y réfléchir, ne pas vous les montrer m’offre l’opportunité de stopper le tourbillon informationnel, car montrer ce qu’on dénonce génère un paradoxe : la critique est encore un vecteur de diffusion, de réplication, de viralité. A ce sujet, on peut utilement lire Dominique Boullier Propagations et Comment sortir de l’emprise des réseaux sociaux, mais aussi le classique Nouvel esprit du capitalisme, de Chiapello et Boltanski. Reproduire ici le journal serait ajouter une boucle supplémentaire dans la mise en abyme de l’injonction contradictoire.

Alors voilà, imaginez un instant un article de votre quotidien régional qui critiquerait la pornographie, la publicité pour celle-ci et le peu de portée des messages de prévention qui l’accompagnent. Ses colonnes seraient illustrées précisément par des images obscènes. Cela n’aurait pas vraiment de sens, car ce serait encore du porno, pour le dénoncer. En procédant de la sorte, on fait ce qu’on dit qu’il ne faut pas faire en même temps qu’on le dit. Bilan pédagogique : zéro pointé. Si en plus les publicités qui habillent la page vendent des contenus classés X, on se dit que ce n’est pas logique. Qu’elles soient affublées de mentions “interdit au mineur”, “la masturbation rend sourd” ou encore “ne pas reproduire avec une personne non consentante” ne changerait rien à l’affaire, sinon ajouter de la contradiction et de la confusion dans les messages.

Quelques pages plus loin, deux articles sont juxtaposés. L’un fait le constat que les jeunes, en grande majorité (autant que leurs aînés, c’est dire) ont un attachement fort pour le porno. Ce serait une non information, si on n’avait pas pensé à un moment que la jeune génération ne s’y intéressait plus, mais en fait si. On pensait que ce travers allait disparaître avec le renouveau des générations, mais faudra pas trop compter sur les jeunes. En même temps, c’est aussi rassurant, car les jeunes sont comme les vieux finalement, c’est des vieux qui sont encore jeunes, il n’y a pas de fossé générationnel, on peut encore se comprendre, la reproduction fonctionne toujours. L’autre article s’avère bien plus inquiétant : le salon de l’industrie du sexe n’attire plus. Cela peut présager d’un secteur économique en grande difficulté, des suppressions d’emplois, des pertes de recettes fiscales, l’austérité, des précieux points de croissance qu’il faudra aller chercher avec les dents, des hausses d’impôts… Bref, on est mal.

Le lecteur n’est pas bête : il sait lire et prend le temps de s’informer quotidiennement. Il voit très bien, y compris que le principal annonceur, celui qui fait vivre la régie publicitaire du canard, finance la publication et assure les salaires des journalistes, c’est ce secteur là précisément. Il le voit page après page et même en double page, puisque Marc Dorcel lance en grande pompe, une nouvelle édition d’un classique, dans le style néorétro, en version électrique.

Vous aurez compris qu’on peut remplacer porno par tabac, alcool, sucre, sel, drogue, prostitution, armes à feux, jeux d’argent.. ou tout autre terme composant la liste des vices qui engendrent des profits colossaux, lorsqu’on en fait commerce.

Je ne suis pas un moraliste, j’observe seulement qu’en société, un vice peut être défini comme tel, lorsque les autorités compétentes déclarent qu’il pose des problèmes : délinquance, surmortalité, morbidité, baisse de l’espérance de vie ou tout autre effet délétère, raison pour laquelle l’État tentera d’en réduire la prévalence, avec les moyens qui sont les siens (taxe, répression).

Un autre moyen d’identifier un secteur vicieux de l’économie est l’interdiction de sa publicité (car collage = racolage) ou faute d’une position stricte du législateur, une publicité encadrée. Cela ne veut pas dire qu’on a mis un joli cadre doré autour de l’affiche, mais qu’on peut avoir limité son format, ses lieux ou horaires de diffusion. Un entre-deux empreint de naïveté consiste à imposer une mention, comme évoquée précédemment : “mangez 5 fruits et légumes”, “dans le cadre d’une alimentation équilibrée” “à consommer avec modération” “l’abus est dangereux pour la santé”…

Si vous me connaissez, vous savez bien qu’il s’agit en réalité de bagnoles et c’est le Salon du Loto en plus… J’ai découvert cet exemplaire collector de Ouest France, parce que j’étais à Lorient, chez mes parents. Chez les Fouillé, le rituel matinal est immuable : pain, beurre demi-sel, confiture maison, bol de café, Ouest France et poste radio qui diffuse France Inter. Comme un homme informé en vaut deux, mon chef de père recoupe l’info et organise un match dans lequel deux sources d’info sont confrontées : une radio nationale publique versus un journal papier régional et privé. Fait notable, il lit son canard comme un manga (un coran ou une torah) c’est-à-dire de la droite vers la gauche, ou selon la numérotation, de la dernière page à la Une, du plus concret et local, au plus abstrait et global : météo, programme TV, résultats sportifs, nécrologie, la campagne, la ville, la région, le pays et enfin le monde. Faut reconnaître qu’en procédant de la sorte, on ne mange pas en pleine conscience, on dévore les infos en même temps que les tartines, on boit du café en se faisant doucher par les tourments du monde.

La critique formulée par le lecteur de Ouest France, Pierre Fasani, de Loire-Atlantique va dans mon sens, je l’avoue (parfois je m’interroge, est-ce le biais de sélection ? moi qui fonctionne à la sérendipité et qui me laisse mené par l’enquête au fur et à mesure que des indices me tombent sous le nez, dans un sens ou dans l’autre, je n’ai pas de religion, j’ai parfois l’impression de vivre un Truman Show : qui s’amuse donc à faire pleuvoir des indices comme des miettes sur la table du petit déj ? où se trouve la caméra ? Le hasard fait si bien les choses que ça en devient vraiment suspect). En effet, je disais peu ou prou la même chose que Pierre, dans un article de theconversation, insistant sur la double contrainte, cette injonction contradictoire à “acheter une voiture” et à “ne pas trop l’utiliser”. Sauf qu’un article isolé sur le web n’est pas positionné dans la maquette d’une édition papier. Le positionnement des articles et des publicités permet de vendre une critique et du papier tout en utilisant le procédé dénoncé par le lecteur dans son courrier : voilà la mise en abyme. Le procédé qui est dénoncé, finance et publie sa propre dénonciation. Le titre du papier est Publicité Auto “En contradiction avec les impératifs écologiques”, il est illustré d’un parking de voitures neuves, mais surtout il apparaît au dessus d’une demi page qui vend une camionnette avec les 3 mentions #SeDéplacerMoinsPolluer à savoir  “Pour les trajets courts privilégiez la marche ou le vélo. Pensez à covoiturer. Au quotidien, prenez les transports en commun” A ma connaissance, un seul de ces messages est obligatoire. Mettre les trois, ça peut aussi être un moyen de dire “on s’en fout, ça n’empêchera pas de vendre des camionnettes”. J’adore le “Pensez à covoiturer”, on ne vous dit pas de covoiturer, mais d’y penser. Si je pense fort au covoiturage pendant que je fais de l’autosolisme, irai-je au paradis ?

Dès lors, on a envie d’interpréter la ligne éditoriale et les choix rédactionnels. C’est soit un humour cynique, soit une dénonciation par la rédaction (validée par le rédac chef), soit un malencontreux mais hautement improbable hasard.

Les journalistes ont décidé de publier cette critique dans un numéro illustré de publicités de voiture à outrance, le jour du supplément bagnole (dois-je le préciser), le jour aussi de la publication d’une demi page qui juxtapose un “les jeunes sont toujours attachés à la voiture” (encore l’effet Truman Show, pour rappel ma thèse est intitulée “L’attachement automobile mis à l’épreuve”) avec “Le salon de l’auto en panne de moteur sur la bande d’arrêt d’urgence” (le vrai titre manque d’inspiration “Un Salon de l’auto sur fond de crise”). Par contre Luc Chatel est inspiré, lui : “il y a un paradoxe car d’un côté la situation est dramatique et de l’autre on va fêter l’auto”. On pourrait penser que Luc a lu Pierre, mais pour lui la situation dramatique n’est pas environnementale, c’est la baisse des ventes et des profits qui l’inquiètent. C’est marrant, ils ont des noms d’apôtres mais pas du tout la même exégèse.

Comme je pars du principe que chacun fait son job au mieux, j’en déduis que la rédaction de Ouest France veut dénoncer le procédé en l’utilisant avec exagération. Les articles et leur articulation soulignent l’aberration organisée. Les journalistes prennent la défense du lecteur tout en faisant plaisir aux annonceurs, considérant, non sans prise de risque, que ces derniers ne sont pas des lecteurs et ne regardent que les images, sinon ils verraient le sabotage derrière le zèle de la rédaction. Autre hypothèse, les annonceurs savent lire, ils sont dans le coup et n’en ont que faire, voire, prennent un malin plaisir à ce double langage. Les publicités et la double page sont alors interprétées comme une réponse cynique de la régie publicitaire au courrier du lecteur. Ce serait un pied de nez, un peu comme une publicité pour une voiture électrique qui commencerait par un alpiniste qui escalade une montagne de voitures thermiques à l’abandon. Comme souvent, j’adore la bande son. Après avoir couvert le monde de carcasses rouillées, de bris de verres et d’huile de vidange, maintenant on vous vend des voitures propres…

La voie est libre

Cette actualité publicitaire me fait penser au salon du livre de Mouans Sartoux, dont le thème, cette année était “Voix Libres”, mais dont le programme était agrémenté d’interventions “voies libres” https://www.voies-libres.fr/ J’aurais tant aimé assister aux conférences et ateliers dédiés au décorticage du propagandisme automobile (qui ont un lien avec mon voyage à Cannes, c’est ça qu’on préparait fin juin). C’est un peu compliqué d’être à Mouans Sartoux, le samedi-dimanche, quand tu es à Lille le vendredi, que tu habites à Orléans et que tu vas à Lorient le lundi…et que tu prétends être un déMobiliste !!

Pourquoi tant d’affiches ??

Certainement en lien avec leur grand salon parisien, les publicités et affiches pour voiture se sont multipliées dans les rues. A Lorient, j’ai été frappé par leur nombre (y compris des panneaux indiquant “ici votre pub”, ce qui veut dire que l’offre excède la demande) et la part des voitures sur ces supports. J’ai même vu des panneaux déroulant avec 3 pub sur 4 qui sont pour des carrosses ou encore, une même marque qui aligne plusieurs variantes de la même pub à suivre. Le pognon de dingue que ça doit coûter. Pour en avoir une petite idée, on peut jeter un œil au dernier rapport sur le sujet de Résistance à l’Agression Publicitaire

On pourrait se dire que si le secteur est vraiment en crise, il peut économiser sur la propagande (faut baisser les dépenses, puisqu’on n’arrive pas à augmenter les recettes, selon l’adage de Bercy. Bruno nous l’explique depuis assez longtemps). A contrario, on peut y voir un chant du cygne, une sorte de massage cardiaque désespéré qui remplace les électrochocs par un all-in publicitaire. L’industrie auto ne veut pas perdre son tapis, en ne faisant que poser des blindes, tour après tour, juste pour voir qu’elle n’a plus de jeu dans sa main. Non, la machine peut repartir, à grand renfort publicitaire.

J’aime envisager des explications naïves, qu’on pourrait formuler avec un œil innocent, celui d’un être étranger à nos us et coutumes.  Vous venez de très loin dans le temps ou l’espace, vous accostez avec votre pirogue et marchez quelques minutes dans nos villes. Rapidement, vous êtes frappé par la place occupée par les bolides. Entre deux bâtiments, 90% de l’espace disponible est consacré à leur circulation et leur stationnement. Partout où vous regardez, vous en voyez. Mais comme cela ne leur suffisait pas, les habitants de ces villes, un peuple qui aime les bagnoles et même les adore, avait décidé d’ajouter des affiches, très grandes. On y voyait des modèles nouveaux, encore rares en circulation, avec des carrosseries impeccables et rutilantes. En effet, si certains faisaient des efforts pour entretenir leurs autos, d’autres propriétaires faisaient preuve de négligence, ils toléraient des rayures, des saletés, des pointes de rouille ou des peintures écaillées.

Dans un billet précédent, je me suis étonné de la nudité des femmes sur ces panneaux d’affichage. Il y a un décalage criant, entre les femmes qu’on croise dans la rue et celles qu’on trouve sur les affiches. On peut donc y voir une forme de poursuite du beau, l’affiche développerait un imaginaire à l’esthétique supérieur à la réalité. En revanche, l’espace public est saturé de voitures et l’affiche vient en ajouter une couche, la énième. Ce serait comme une affiche d’arbre dans une forêt, on ne voit pas bien en quoi ça va attirer l’œil. S’ils le font, c’est bien que ça doit rapporter, hein !!! (aux publicitaires c’est sûr)

Pourquoi donc se tirer une balle dans le rail ?

Enfin, il y quelque chose qui me choque depuis longtemps, c’est les pubs de voiture dans les gares. La SNCF gagne de l’argent avec des pubs qui la critiquent et lui piquent des clients. Ce serait un peu comme une école qui se financerait avec de la pub pour les smartphones et les zinzinfluenceurs qu’elle tente de concurrencer et qui s’afficheraient dans la cour de récréation ou sur les murs de la classe. On peut aussi imaginer des hôpitaux financés par des réclames de tabac ou d’alcool qu’on croiserait dans les salles d’attente et couloirs des services de cardiologie. C’est un travail de sape, du pur sabotage interne.

Sur ce blog, j’ai déjà évoqué une publicité pour une Ford électrique, vue à la gare de Lyon. Depuis, je l’ai croisée en vrai dans la rue. Il n’est pas beau ce tank électrique bleu ciel métallisé ?

Cette fois, ce sont encore les descendants d’Henri qui font de la retape dans les gares : Gare du Nord (au retour de Lille), gare de Nantes (au retour de Lorient et aussi appelée gare d’Orléans pour les intimes, à ne pas confondre avec la gare de l’État).

Ce qui me scandalise, c’est que les slogans apportent la preuve que la publicité est conçue pour être placée dans la gare et seulement là, sinon cela n’aurait pas de sens : sièges avec vue, vous allez où ce week-end ?

J’avais déjà observé ce phénomène sur des écrans publicitaires dans la gare d’Austerlitz en chantier (janvier 2023). Un constructeur tchèque venait critiquer le train pour vendre des voitures dans la gare. Qui tolère ça ? C’est une blague, c’est comme sponsoriser le PSG avec une marque de pastis (Au fait, on a le droit de faire de la pub pour l’alcool, j’ai observé une pluie de Born à Marseille pendant un moment…)

SNCF déconnect

En passant, l’algorithme de “SNCF Connect” est vraiment incompréhensible. Quand je commande un billet, je le fais avec l’appli sur mon téléphone ET sur mon navigateur d’ordi. Pourquoi le faire deux fois ? Je n’ai que ça à faire ? Non. Réponse : je n’obtiens pas exactement les mêmes résultats. Je multiplie les requêtes et j’ajoute des via (Nantes par exemple), non par plaisir géographique, mais pour voir d’autres trains qui ne me sont pas proposés sinon. Pour mon dernier voyage à Lorient, j’ai innové : je n’ai pas commandé un billet aller-retour, mais deux billets allers simples. Ainsi des trains supplémentaires me sont proposés, dont celui que j’ai pris pour le retour. Attention, je vais finir par revenir faire la queue au guichet si ça continue.

Léger bug d’où sort ce 7h35 ??

PS musical automnal : si vous êtes mentalement solide, qu’on peut vous qualifier de robuste, résistant aux chaînes d’infos délétères, je vous recommande l’écoute d’un album qui comporte plusieurs tubes de l’automne. L’album s’appelle Automne et il est sorti le jour de l’automne. C’est un peu ma BO du moment. Zippo à la voix, Greenfinch pour la musique. Le morceau Chien sauvages se focalise sur une posture de conducteur (ce qui me rappelle le Chopin de Scylla, encore avec Greenfinch). Ils ont des gros moyens pour ce Truman Show : faire produire des albums à des rappeurs indés, encore un coup du lobby du vélo… Avec un morceau qui s’appelle hiver indien, jeu de mot que j’ai pratiqué à cause de la météo de septembre.

PS nécrologie cyclable : on est tous sous le coup de l’émotion du meurtre de Paul. Il me renvoie au jour où j’ai cherché à prendre des nouvelles de Gilles Boisvert, que j’avais eu la chance de croiser à Chambéry en novembre 2007 et qui m’avait beaucoup enthousiasmé lors de l’entretien improvisé sur le tas qu’il m’avait accordé. Un jour donc, je cherche ses coordonnées sur google et là je tombe sur https://www.ledauphine.com/savoie/2012/10/08/accident-mortel-gilles-boisvert-a-ete-fauche-par-une-voiture de marque Porsche (les stéréotypes tuent). A Lorient, j’ai aussi découvert l’existence d’un monument en hommage à Rémi.

Ajout : Après discussion avec Samy (dans les commentaires), je me suis rappelé de la stèle qui se trouve à Mougins, en hommage à un cycliste, un vrai, un pro. « Ici est décédé sur son vélo, le 31 mai 2003 à l’âge de 71 ans Nicolas Barone, Maillot jaune du tour de France 1957, président de l’Avenir Cycliste de Mougins de 1984 à 2002 » Ses amis du club.

Je ne connais pas les circonstances, il est peut-être tombé tout seul. Vu l’emplacement, j’imagine qu’un prédateur à 4 roues peut avoir jouer un rôle dans la tragédie.

Si vous ne le saviez pas déjà, les voitures sont des armes en vente libre :

Bonus joyeux : depuis que j’ai écrit mon billet l’évoquant, je n’arrête pas de gagner à mon jeu. Et pas que la France, j’ai même entendu retentir « Deutschland uber alles » il y a quelques jours

4 réponses à “Mise en abyme de l’injonction contradictoire.”

  1. Injonctions contradictoires, certes, mais aussi effets pervers des lois et règlements, pris en principe pour le bien commun « universel » sans aucune évaluation des conséquences… Dénoncer la voiture « thermique » (une merveille d’inventivité sémantique !), c’est très clairement tuer notre industrie au profit de la Chine et toute exportation possible en-dehors de notre petite Europe, sans pour autant résoudre les écarts croissants entre des centres-villes qui se vident et des banlieues (que l’on veut tuer également, par ailleurs…) qui accueillent logements et entreprises… Vilipender les extrémistes qui imposent (ou veulent imposer…) une certaine vision de la femme, c’est sans doute confortable puisque c’est loin, mais n’est-ce pas se donner le beau rôle et se voiler la face quand la lutte contre le tabac s’accompagne de la prolifération des « points de deal », qu’on ne sait que compter, et qui mettent des millions d’habitants, y compris femmes et enfants, en danger bien pire ? Dans les rencontres internationales, notre façon un tantinet arrogante de mettre en avant les « droits de l’homme » est facilement balayée par les dictateurs et leurs séides « vous laissez dormir des milliers de personnes dans la rue, vous accroissez la pauvreté et les inégalités dans vos villes et vos pays, et vous voulez nous donner des leçons ? », ça aussi, ça donne à réfléchir…

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    • Il y a plein de symboles étranges dans ce messages, c’est pour brouiller les pistes ??
      Parfois une action produit l’effet inverse de celui escompté, c’est vrai.
      Dans ce billet, je m’insurge contre des messages qui se contredisent eux mêmes, je trouve ça encore plus grave. Car dans ce cas, on est sûr que l’effet du message sera au mieux nul, mais la confusion produit des effets de tension, d’opposition stérile. Je pense que l’émetteur du message se décrédibilise, il s’interdit toute portée effective, il entretient le statu quo et l’inertie.

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  2. Ah ah, l’arrivée tardive de la voiture dans ce billet m’a fait douter, bravo!

    La publicité paradoxalement contextuelle de retrouve aussi dans Le Monde. Exemple de l’édition du 4 octobre où l’on trouve l’article d’Olivier Razemon « le secteur du vélo s’inquiète pour son avenir » au-dessus d’une publicité « salons privés Mercedes-Benz » (la marque de l’engin de mort piloté par le tueur de Paul, funèbre ironie), publicité bien plus grande que la surface de l’article.

    Concernant la mort de Gilles Boisvert, l’article sur l’audience pointait la quasi absence d’enquête, qui a permis à Maître Vroum de limiter sensiblement la peine prononcée contre son client.

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    • Merci Samy, je suis content si j’ai réussi à te faire douter. Je me dis qu’à force d’être mono-sujet, je deviens prévisible, donc je tente des pirouettes.
      Si Le Monde, le fait aussi, alors…
      Le pire, je crois que c’est les JT où les sujets sont traités « sans transition » mais en tant que spectateur on fait le lien entre les sujets qu’on nous balance. Je me souviens d’un 13h qui commençait par canicule, enchaînait assez logiquement avec une alerte des dermatologues (ne vous exposez pas trop), et puis en fin de journal, un petit sujet feel good et voyeur « la mode du bronzage brésilien débarque sur nos plages ». J’ai appris quelque chose, je ne connaissais pas et c’est très joli. On pose des bikini en scotch pas pour se baigner, mais pour avoir des traces de bronzage millimétrés. Quand je vois ça, je me dis : le présentateur est amnésique ? on considère que le téléspectateur l’est aussi ?? Que pense le dermatologue de l’utilité de son message, placé dans un journal télé qui se termine ainsi ?
      J’avoue que je n’ai pas creusé le dossier Gilles Boisvert, ça m’a dépité et rendu triste de le savoir mort, renversé par une Porsche (et donc un conducteur).
      Je pense qu’il serait bon que la FUB dresse la liste des héros qui sont morts en selle, pour graver une stèle ou pas. A ce propos, j’aurais pu ajouter une autre stèle (je vais peut-être le faire d’ailleurs) vue à Mougins. Un ancien champion cycliste est mort sur son vélo dans un lieu conçu pour circuler en voiture ou mourir en vélo.
      J’avais commencé aussi à faire des recherches sur les célébrités mortes écrasées par une voiture ou victimes d’un accident de voiture (sans en être responsable), mais je n’ai pas trouvé grand chose là dessus, à part que Roland Barthes a été renversé par une camionnette rue des Ecoles, alors qu’il se rendait au collège de France.
      En effet, on peut faire le compte du nombre de victimes (qui est éloquent), mais la qualité de certaines personnes peut provoquer une émotion, une prise de conscience, plus vive que ne le fait un chiffre (aussi élevé soit-il)

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