Laurent Fouillé déMobiliste

Sociologue Urbaniste

Le déMobiliste au pays des Merville : carnet de bord ethnographique


Dans un billet précédent, en août 2023, je m’interrogeais sur le quartier de Lorient, dans lequel mener l’expérience du déMobiliste. Il se trouve que depuis les choses se sont précisées. Le 27 juin 2024, le conseil municipal a délibéré en faveur du projet et comment : l’opposition aurait aimé proposer cette délibération ! Là-dessus, l’été file.

La première expérience de démobilisation de quartier a débuté en septembre, discrètement. Après trois visites, le carnet de bord contient 15 pages et les scripts d’entretien 25. Il est temps d’en rédiger une synthèse. Le terrain, ça produit toujours énormément, beaucoup trop pour un unique enquêteur. Cette matière brute est souvent mise en retrait par le chercheur qui finira par rédiger un long rapport dans lequel n’apparaissent que quelques bribes sous forme de citations, comme des joyaux ornent une couronne. Je veux ici au contraire apporter au lecteur le matériaux brut, du social, qui se présente sous la forme de situations, d’interactions, de discussions, d’observations et de tentatives avortées d’entrer en contact. C’est cela que nous récoltons. Si les grands penseurs édifient des cathédrales sur ces fondements, à l’aide de raisonnements qui peuvent s’élever très haut dans les étages de la théorie, à mon niveau, je préfère rester terre à terre, à ras du sol que foulent les humains, raconter le ter-ter vu du trottoir.

Rien à voir, mais un peu, j’ai vu une très belle expo à côté chez moi Ter-Ter Soigner le quartier. En plus, il y avait une voiture désossée.

Au fait, c’est merveilleux, parce que le quartier s’appelle Merville. Il a emporté le morceau parce qu’il répondait au mieux au cahier des charges (proximité centre-ville, résidentiel, pas de projet structurant, stationnement sur voirie, trafic de transit, présence de cyclistes/piétons…) selon le sondage interne réalisé auprès des élus et des services. C’est Jean le Vasseur de Merville, un haut dignitaire de la Compagnie des Indes, qui a transmis le nom d’une commune du Nord à ce quartier. Il y possédait une maison, mais elle a du être détruite pour ériger des remparts. Dans ce quartier se trouvait le poste de l’octroi, rue du Poteau.

Mission 1 : du 9 au 13/09/24

Quelques jours plus tôt, le maire de la ville est nommé ministre de la mer, qui aurait pu prédire ?

Lundi :

  • Matin trajet Orléans-Lorient via Paris.
  • 14h00 visite 1 : centre-ville, bassin à flot, Nouvelle-Ville, Dupuy-de-Lôme, Le Moustoir
  • 15h30 réunion en Mairie en petit comité car les Assises Européennes de la Transition Energétique se tiennent à Dunkerque. Il est question du choix du quartier et de la communication.
  • 17h00 visite 2 : Moustoir, Bodélio, le chemin du retour du lycée, je vais chez Papa-Maman (merci l’hébergement familial)

Mardi :

  • matin échanges avec la chargée de mission référente qui actent le choix de Merville
  • après midi visite du quartier par l’Ouest, comptage du stationnement (offre et occupation de la voirie).

Rue Louis Cren : des habitants sortent en vélo, ils pensent d’abord que je viens pour la mairie, en lien avec une réunion prévue prochainement. En réponse à une pétition du voisinage, un échange est prévu la semaine suivante avec le service mobilité de la ville. Ils font le constat que la zone de rencontre n’est pas respectée, la rue sert de shunte aux heures de pointe pour éviter les feux de Kerjulaude, les trottoirs sont trop étroits. Comment font les enfants ? Et la nounou qui habite derrière, avec sa poussette ? Ces jeunes retraités actifs font tout à vélo (électrique). La voiture ne sert plus que pour les courses. En fait, s’ils ne font pas leurs courses en vélo, ce n’est pas à cause de la charge, c’est juste par peur de se faire voler leurs beaux vélos. A creuser : la sécurisation des vélos dans les centres commerciaux.

Plus loin, je discute avec une retraitée qui entretient le trottoir devant chez elle. Elle m’explique qu’il y a trois logements dans la bâtisse. Le garage collectif est rempli de vélos. Les voitures stationnent parfois dans la rue, parfois dans l’impasse Henri Allain, mais il y a peu de places. Si c’est compliqué, la dernière option est la rue de Larmor, il y a toujours de la place là-bas.

Une petite pluie me repousse (et douleur au genou, qu’est-ce qu’il m’a pris de vouloir courir la veille ?)

Mercredi :

  • matin visite de la partie Est (comptages + photo), discussion avec le facteur rue Droneau (il s’occupe de l’Est) et la factrice rue César (elle s’occupe de l’Ouest depuis un mois). Constat partagé : c’est un quartier de retraités. C’est un peu plus jeune et mixte dans les logements en location, notamment les immeubles de la rue de Merville. Présence de logements sociaux rue Ratier.
  • après-midi : offensive à la craie : un hamac rue Bayard ? Humour au croisement Jeanne d’Arc et Jean Jaurès, humour toujours face au nombre d’auto-école : trois dans le périmètre stricto sensu, deux de plus si on étend. La proximité des lycées explique cela. Rue Bayard, discussion avec une habitante sans voiture, une ancienne parisienne qui accompagne sa fille à pied. Elle n’a pas de voiture et est OK pour un entretien. Ce sera ma première interviewée. Une belle averse me cueille (j’ai peur que mes inscriptions disparaissent)

Jeudi :

  • matin Tour du périmètre, observation de l’entrée des classes à l’école publique. C’est comique, car avec l’élagage des tilleuls, une partie de limbo est improvisée sous le ruban qui circonscrit la zone de chantier (qui n’a pas encore commencé à cause de l’entrée des classes). Dès que les derniers parents seront partis le chantier pourra commencer. Après avoir fini le tour du périmètre, je me dirige vers la rue des Alliés et celle de La Paix pour des inscriptions adaptées. Par contre je n’y rencontre personne…
  • midi la pause déjeuner comporte une visite familiale en vélo à Larmor.
  • après-midi : poursuite de la déambulation. Vers 16h00 je me rapproche de l’école, réalise des inscriptions devant et observe la sortie des classes. Je recroise la maman de la veille et lui demande si elle connaît d’autres candidats possibles : sa réponse « NON, on est les seuls !!! » aïe, ce n’est pas bon pour mon affaire. Plus tard, une femme retraitée engage la discussion, elle habite rue Ratier. Elle n’utilise sa voiture que pour les courses au Leclerc. Mais elle a besoin de sa voiture au cas où sa mère l’appelle à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Elle est son aidante, son téléphone reste toujours allumé. Elle connaît des personnes qui pourraient être intéressées par ma démarche. Elle évoque des voisins, des jeunes, qui ont acheté un vélocargo. Elle note l’adresse mail. J’espère qu’elle me contactera, car je n’ai pas le sien.

Vendredi :

Retour en train, en ce vendredi 13, ça a roulé parfaitement avec un voyage avec deux correspondances : Lorient-Nantes-Saint Pierre des Corps-Orléans. Je suis même arrivé plus tôt que prévu car le billet qui m’avait été vendu proposait une escale gargantuesque à Saint Pierre des Corps, alors qu’en fait d’autres TER en partance pour Orléans étaient disponibles.

Résultat :

  • deux mails récupérés (c’est vraiment peu, j’espère un bel effet boule de neige)
  • des inscriptions à la craie pour quelques jours en l’absence de pluie (mais aucun mail reçu…)
  • plus d’un milliers de photos du quartier
  • comptage du stationnement (offre et véhicules présents au moment du passage) qui me permettra de réaliser une carte du stationnement sur voirie

A faire :

  • se renseigner sur les demandes des habitants de la rue Louis Cren. Le projet peut répondre à leurs attentes
  • demander les résultats des comptages de trafic : j’ai vu des boucles rue de Larmor et Bd Edouard Herriot
  • trouver un lieu de rassemblement/travail si possible dans le quartier et couvert. Ça peut être un bar (mais oblige à consommer et peut être bruyant). Le Concept me donne bonne impression, bien que légèrement hors périmètre.
  • préparer la conférence de presse, date et lieu : le théâtre ?
  • préparer le questionnaire en ligne
Les rues concernées par le projet, avec un indicateur maison de l’offre de stationnement sur voirie

Mission 2 : du 7 au 11/10/24

Lundi :

Trajet sur des rails via Paris, arrivée à Lorient, réunion avec la Mairie. La conférence de presse prévue le lendemain au théâtre a été annulée quelques jours plus tôt. Le choix de Merville n’est donc toujours pas public/officiel, il faut continuer en sous marin ou mettre en pause. Comme j’ai préparé un formulaire en ligne et que je suis là, je vais attaquer le porte-à-porte. J’aurais aimé avoir un article de journal pour crédibiliser mon comportement. Il va falloir être convaincant et sympathique pour mettre un pied dans la porte.

Mardi :

Les portes de Merville : « Toc-toc, Bonjour, c’est le déMobiliste ! »

Rue Cren un homme qui vit seul m’ouvre sa fenêtre, il possède un van, qu’il utilise peu et gare plus loin dans le quartier, afin de laisser les places devant pour les voisins qui ont des petites citadines, il complète le questionnaire !!

Une femme se gare. Elle n’a pas de place à son domicile rue Gauguin et déclare utiliser très peu sa voiture. Elle se connecte au formulaire et on se rend alors compte que le QR code pointe vers un lien qui oblige à créer un compte pour répondre au questionnaire. Je lui donne mon mail en substitution.

Je retombe sur une habitante que j’avais croisée à mon précédent passage, elle a bien reçu mon mail et a fait suivre au voisin (le pétitionnaire). Je lui envoie un nouveau mail avec le lien vers questionnaire. Son conjoint m’explique que durant la réunion avec la Ville, ma démarche a été évoquée et qu’elle est connue du service Mobilité

Je frappe ensuite chez ma première interviewée, elle est en plein télétravail (désolé pour le dérangement !)

Rue de Keryvaland, une femme un peu pressée mais très volontaire, me donne son mail pour le lien vers questionnaire (envoyé dépuis)

Une femme âgée me répond depuis son balcon. Elle ne veut pas participer à l’enquête mais poursuit la discussion. En ce moment, elle stationne exceptionnellement son véhicule dans la rue (et parfois jusqu’à la rue Ratier) parce que des ennuis de santé ne lui permettent plus de manipuler la porte du garage et de manœuvrer pour garer son véhicule. Quand elle s’absente longtemps, elle demande à quelqu’un de garer sa voiture dans le garage. De son point de vue, il ne faut pas supprimer l’offre de stationnement dans le quartier parce que c’est déjà tellement difficile de trouver une place

Je croise une femme qui promène ses chiens, on discute sur le trottoir. Elle accepte de me donner son mail, elle habite rue de Merville. Elle connaît tout le monde et s’inquiète des incivilités. Elle ne croit pas qu’on puisse changer les mœurs et partager les voitures. Elle a fait du covoiturage une fois, à cause d’un Flixbus qui avait deux heures de retard. Partager les voitures, les gens ne sont pas près. On est trop individualiste.

Elle m’indique que rue Louis Cren, un Monsieur qu’elle connaît, a déjà proposé un plan de circulation fait maison à la mairie. Je frappe à sa porte, mais personne ne m’ouvre.

Rue des noyers : une femme âgée accepte de noter mon mail, mais elle a peur et n’ose pas ouvrir sa porte.

Sa voisine, une femme (un peu moins âgée) n’a pas le temps, n’est pas intéressée, ne note pas mon mail.

Dans la maison suivante, une troisième femme est occupée, elle est en télétravail, je lui dis que je mettrai quelque chose dans sa boîte aux lettres mais elle ne semble pas intéressée.

Après une pause déjeuner, pour rejoindre Merville, je passe devant Le Concept, et décide de pousser la porte, la tenancière du saloon est d’accord pour afficher un lien vers l’enquête (tract ou affiche). Elle fait partie du CLAAV et peut aussi relayer de ce côté là. Elle m’explique le dossier du moment Avenue Jaurès.

Avenue Herriot, une femme attache son vélo long-tail. Elle réalise des travaux dans l’appartement qu’elle va bientôt habiter.

Rue de Keryvaland, une femme m’ouvre, mais elle n’est « vraiment pas intéressée ».

Un peu plus loin, un homme visiblement blessé ouvre la porte (après un long moment d’attente), il n’est pas disponible sur le moment, mais pourquoi pas plus tard (un tract??).

Rue Louis Cren : la porte s’ouvre, mais la maison n’est plus habitée suite au décès de son occupante, il y a un mois. Deux hommes (fils et petit-fils) vident la maison.

Rue des Alliés : un vieil homme remonte la rue. Il habite plus bas, une résidence rue Ratier, mais sa voiture est stationnée dans le bas de la rue des Alliés, parce qu’il y a toujours de la place. Il prend en photo le QRCode. Il se fait aider pour surmonter sa fracture numérique et m’assure qu’il va s’en sortir (son entourage l’aide).

Une femme se gare, elle n’habite pas là, elle vient garder son petit-fils, elle prend en photo le QR Code pour transmettre aux habitants (les parents de l’enfant)

Un homme bricole un van devant un des garages qu’il loue pour héberger son bric à brac. Il n’habite pas le quartier. Il m’indique que dans la rue Ratier, il a vu une affiche « garages à louer », ça ne manque pas dans le quartier.

Puis s’engage une grande discussion avec une habitante historique du quartier. Elle a le même âge que la maison qu’elle habite, ses parents l’ont fait construire à sa naissance. Elle a vu la gentrification de Lorient, l’arrivée des parisiens au pouvoir d’achat immobilier qui a déséquilibré le marché. La transformation du bâti avec des maisons divisées en multiples logements (dont celles de sa grand-mère et sa tante), Airbnb, densification avec division parcellaire et disparition des jardins. Les garages, évoqués précédemment, ont fait disparaître les framboisiers d’une espèce locale disparue et exceptionnelle (des fruits savoureux). Elle travaille à Pont-Scorff et a besoin de son utilitaire (dont un pneu est crevé) qui ne rentre pas dans son garage. Les voitures qui stationnent dans la rue des Alliés sont celles des habitants. Le voisin d’en face, un couple avec deux jeunes en âge de conduire dispose de 5 voitures pour 4 personnes (une de fonction). Elles ne rentrent pas toutes dans le double garage. Au dessus, les 8 logements en Airbnb ne disposent que de deux places, le reste est dans la rue. A côté, un couple de retraités dispose de deux voitures, mais elles stationnent dans leur garage double.

Un jeune homme ouvre la porte, scanne le QR Code et me remercie.

Une femme est bien trop occupée dans son jardin pour s’approcher de moi, pendant que son chien aboie.

Un homme prend le QR Code et se dit intéressé par la démarche. Il pose des questions, qui je suis ? Pourquoi ? Etc…

Après avoir fini la rue des Alliés, je me rends dans le centre. Musette et Bicyclette est OK pour une affichette à l’intérieur du magasin avec QR Code vers le questionnaire. Il fait beau, mais je n’ai plus de jambe ni d’énergie. Si j’avais la force, j’en ferais encore (car le soleil est de la partie)

Mercredi

Rencontre avec des agents de la ville

Une étude sur le stationnement est prévue, pour analyser l’offre publique, en lien avec la demande et les évolutions prévues (disparition des parkings sur les emprises du Lycée en lien avec des projets immobiliers, rénovation des Halles avec disparition du petit parking Nord). Le but étant de savoir si la construction d’un parking en silo doit être programmée. Le diagnostic est attendu pour janvier/février et il pourrait être intéressant d’en prendre connaissance le moment venu.

Une enquête sur les mobilités des habitants du SCoT de Lorient est en cours, pilotée par l’AUDELOR. Hélas le timing est plus long et ses résultats ne seront disponibles que bien plus tard.

La désimperméabilisation de l’avenue Jaurès a fait l’objet d’une réunion publique la veille (dommage si j’avais su ! tout est expliqué par la ville ici , la réaction du CLAAV dans OF ). Les riverains ont demandé le maintien du stationnement dans les contre-allées, malgré le rétrécissement induit par la végétalisation et la noue entre les tilleuls. Par conséquent, l’espace piéton/vélo sera réduit. Les travaux commenceront début novembre. Les emplacements de stationnement dans les contre-allées / zone de rencontre, seront en pavés drainants.

Rue de Kerfontaniou, les habitants ont fait remonter qu’ils n’appliquent pas l’alternance du stationnement tous les quinze jours, qui est pourtant la règle sur l’ensemble de la commune. Ils se garent toujours du même côté, c’est donc un « stationnement unilatéral permanent » de fait, mais officieux, donc illégal une quinzaine sur deux. Le choix semble pris d’officialiser la situation en changeant le panneau et l’arrêté : une normalisation de la situation actuelle. Si ça convient à tout le monde sur place, pourquoi s’y opposer ?

Quelle politique pour la disparition des places de stationnement situées à moins de 5m en amont d’un passage piéton ? Dans le centre-ville, ils sont progressivement remplacés par des arceaux vélo. Mais dans les quartiers résidentiels, où c’est déjà tendu, ils ne seront pas supprimés tout de suite.

Il arrive que la concertation aboutisse à faire le contraire de ce que l’on souhaiterait, en réponse aux demandes formulées par les habitants (ceux qui s’expriment, souvent pour défendre leurs intérêts particuliers). Ainsi, des pré-marquages sont réalisés, pour que les habitants réagissent, puis on ajuste selon les retours. Ça semble logique et pertinent. Le problème est que les personnes qui se font entendre ne sont pas forcément représentatives. Les concessions et adaptations qui seront faites pour eux peuvent générer de la frustration chez les autres, qui n’ont pas demandé de modification. Satisfaire une demande c’est en décevoir une autre…

Les habitants de la rue Ratier souhaitaient qu’on organise mieux le stationnement, qui était anarchique, car il n’y avait pas de marquage. Les gens s’énervaient et se plaignaient parce qu’ils ne pouvaient pas sortir de chez eux ou circuler sur le trottoir. Il y a donc un consensus sur l’objectif. Le problème, c’est que lorsqu’on matérialise les emplacements, on réduit la capacité par rapport au fonctionnement spontané, en application des normes. Donc les personnes qui demandaient de l’organisation sont déçues, car elles auraient voulu que ce soit mieux signalé, mais avec autant de places. Le temps passe et on recommence à se garer en dehors des emplacements prévus. Il y a une tolérance au niveau du contrôle. On ne va pas verbaliser, si aucun habitant n’est gêné par la situation. Pourtant, tous les jours on va trouver des véhicules garés en dehors des emplacements.

Le problème c’est que les habitants ont trop de voitures par rapport aux capacités de stationnement de leur logement et de l’espace public. Comme tout le monde a deux voitures, on va accorder un deuxième macaron, car c’est ce que veulent les gens, mais c’est un mauvais signal, car ça officialise le fait qu’il est normal d’avoir deux voitures garées dans la rue.

Les échanges ont été riches. A l’aller comme au retour, il pleut à grosses gouttes, je marche entre les flaques (quand c’est possible).

Retour aux portes

Je profite de l’après-midi pour mettre en forme mes notes, jusqu’à ce que les nuages se lèvent, il est temps de retourner à Merville. Après des sonnettes qui n’annoncent que du silence rue Bayard, rue Kerfontaniou, rue Claire Droneau… les portes commencent à s’ouvrir rue de Larmor

Une vieille femme est descendue. Elle perd la mémoire, son mari aussi, mais c’est lui qui s’occupe des papiers de la voiture. Je ne l’embête pas trop longtemps.

Un homme alimente la conversation. Il a 4 voitures (dont une électrique) pas de garage, pas possible de recharger à la maison. Il a deux fils en âge de conduire. L’un est dans une autre ville pour ses études. Il n’en peut plus des cyclistes, ils font n’importe quoi. Il faut dire qu’on change les règles sans prévenir. Il a découvert le double sens cyclable dans sa rue, avec un cycliste qui arrivait en face. Un piéton l’a encouragé à crier dessus. Après il a découvert le marquage au sol. (Il a complété le questionnaire).

Le kiné est en consultation.

Un couple décharge les courses, la femme prend le QR Code

Une femme monte dans sa voiture et prend de le temps du scan au volant.

Une femme descend m’ouvrir (logement collectif). Elle n’a pas de voiture, ne sort presque pas de chez elle, car elle est agoraphobe. Des personnes viennent chez elle pour l’aider (course, ménage, infirmier). Elle ne sort que pour aller jusqu’au Margouya au bout de la rue. Elle scanne

Un jeune homme ouvre, prend le QR Code et referme rapidement (pas d’échange)

Une voiture stationne sur la parcelle, devant la maison qui est en retrait, une chance dans cette rue. Un homme jeune se dit intéressé par l’étude. Un beau vélo trône dans l’entrée.

Un vieux monsieur de 91ans qui n’a pas d’internet, mais aime bien discuter. Il a eu un gros souci de santé, il y a deux mois. Il a récupéré et estime qu’il pourrait conduire de nouveau, mais ses enfants ne veulent pas. C’est une castration. Elle reste dans le garage de l’autre côté de la rue. Avant, il conduisait peu et pas loin (40 km), moins de 1000km/an. Nous faisons le calcul, sa voiture achetée neuve, il y a 3-5 ans, en est à 30000. (ça fait plus? 6000/an, peut-être qu’il minimise la durée, sa voiture a peut-être 10 ans).

Longue discussion avec un vieux monsieur. Sa femme est en maison de repos. Elle n’arrive plus à monter les escaliers. Demain, il doit aller en voiture à Hennebont. Pas d’internet. Achetée en 2006 avec 6000 km, sa voiture a aujourd’hui 90000km (soit 4700/an). Il trouve que la mairie ne contrôle pas le trafic et la vitesse. Même les vélos roulent à 50 ! Un jour, il y aura un mort. D’ailleurs, il y en a déjà eu un, en haut de la rue. Sûrement qu’il roulait vite et n’avait pas de casque, mais il a aussi chuté à cause d’un aménagement qui était dangereux. J’aimerais bien savoir ce que dit le rapport d’enquête, je pense qu’il y a des responsabilités qui ont été occultées.

Un vieil homme m’ouvre, d’en haut de son escalier il m’indique que ce n’est plus leur. Il est devant la télé. On reprogramme au lendemain.

Il est 20H, la nuit tombe. Je croise une femme qui marche d’un pas pressé. Je l’accompagne, elle va au théâtre assister à une représentation du Misanthrope. Elle a des convictions qui vont dans le sens de la démarche. Je lui laisse mon mail.

Jeudi

La journée commence par un « petit déjeuner des villes apaisées », une visioconférence organisée par le Club des Villes et Territoires Cyclables et Marchables. Valérie Faucheux y présentait la Zone à Trafic Limité de Rennes.

Puis c’est le retour aux portes de Merville :

Rue de Keryvaland, une femme de 90 ans, veuve, sans voiture, attend la fin, n’a pas internet. Elle ne sort plus de chez elle, son neveu s’occupe d’elle.

Rue de Merville une femme âgée et corpulente rentre chez elle et avance d’un pas fatigué. Elle n’a pas de voiture et se déplace en bus. Elle ne connaît pas ses voisins. Elle ne se plaint de rien, ni des trottoirs, ni du bruit de la circulation sous ses fenêtres. Elle illustre le sans-voiture sans choix, sans revendication aucune.

Rue de Keryvaland, un retraité dynamique revient chargé de ses achats alimentaires. Il maîtrise internet car il a travaillé des décennies avec des logiciels. A l’écouter, il enlèverait toutes les bagnoles : «  c’est simple, vous mettez un sens unique ». Il a réfléchit le sujet et a visiblement des propositions à faire. Il doute sur la méthode, car les quarantenaires c’est les pire, des gros bagnolards, ne font pas 100 m à pied. Ça se trouve dans 10 ans, il n’y aura plus de voiture du tout.

Rue de l’Eglise : je croise une femme à vélo qui est pressée, elle me dit de déposer mon mail sur un papier dans la boîte aux lettres, son mari est là mais occupé. Un jeune homme (un ami de son fils) arrive pour déposer une planche de surf : le papier avec le mail est transmis à Monsieur qui a ouvert la porte.

Une femme promène son chien, mais n’a pas son téléphone, je lui transmets le QR Code, plus tard dans la rue (elle a récupéré l’outil)

Rue de Keryvaland : un couple s’affaire au karcher dans le jardin. Le logement est inoccupé (suite au décès de son occupant?).

Rue Ratier, un homme jeune gare sa voiture dans son garage. Après sa manœuvre il prend le lien du formulaire et indique qu’il ne participe jamais aux réunions de concertation.

Rue de Kerfontaniou : deux techniciens interviennent sur des câbles, une échelle est installée. Le propriétaire occupant retraité assiste au chantier. Nous évoquons différents sujets. Pourquoi le stationnement latéral ne change pas de côté ? La raison en est simple, de l’autre côté, il y a plein de garages (certains servent, d’autres pas), il y aurait beaucoup moins de place. Anecdote : il y a longtemps, on se faisait verbaliser. Désormais, ils ne viennent que si quelqu’un est bloqué dans son garage ET ne peut pas sortir de chez lui. Pendant le Festival, ça a été le cas d’un voisin, mais comme il pouvait aller travailler en vélo et que la police était débordée, ils ne sont pas venus. Quand on ne peut pas rentrer dans son garage, on va se garer ailleurs, c’est tout. Un autre sujet, c’est l’électrification. Si on n’a pas de garage, on ne peut pas avoir de voiture électrique. Certains collent leur voiture à l’arrivée d’électricité, sinon ça fait un câble qui pend sur le trottoir. Il faudrait faire des travaux (saignée) pour passer des câbles sous le trottoir. Je l’interrompt car ça voudrait dire place privée sur l’espace public. Autre info importante : il y a une fête annuelle des voisins à la fin du printemps, la circulation est coupée.

Plus bas, je croise une femme qui promène son chien. Elle est empathique et comprend la pluralité des points de vue. Elle habite rue Ratier, avec son conjoint ils ont deux voitures et un seul garage. Elle voit l’antagonisme des points de vue, quand on est piéton et quand on est automobiliste. Elle me raconte sa version de l’organisation du stationnement rue Ratier. Quand la Ville a peint les emplacements autorisés pour le stationnement, les potelets ont été retirés sur le trottoir. Comme le stationnement est sur la chaussée et non le trottoir (comme avant), deux véhicules ne peuvent plus se croiser (mais la circulation a été maintenue à double sens). Comme il n’y a plus de potelet, ils montent sur le trottoir, c’est dangereux et désagréable pour les piétons. Mais quand on est au volant de son auto, on fait quoi ? Une marche arrière ? On m’a expliqué que lorsque le stationnement est d’un côté, c’est l’autre sens de circulation qui est prioritaire, ceux qui arrivent en face doivent s’intercaler dans le stationnement pour vous laisser passer. Je ne le savais pas et je ne pense pas être la seule. Et quand c’est un camion poubelle qui n’arrive pas à passer, vous retrouvez votre bac plein, obligé d’attendre le prochain passage, ça m’est déjà arrivé, ce n’est pas agréable.

Rue Alfred Trescat, je croise une maman avec poussette et trois enfants qui rentrent de l’école pour déjeuner. Je lui laisse le mail

Rue Descartes, une femme se gare mais n’habite pas le quartier.

Au croisement de la rue Descartes et de la rue de Larmor, un break s’est créé une place. Il s’agit d’un artisan qui assure la maintenance des logements en location d’un multi-propriétaire. Comme il n’habite pas le quartier, je lui demande de transmettre le QR Code aux locataires (sans conviction).

Avenue Jaurès, je croise Will le Mono, qui sort de son auto-école, comme il est dessiné sur les voitures, je le reconnais et l’interpelle, lui explique ma démarche et demande s’il serait possible de placer une affichette ou un tract. Comme il doit partir en séance, il m’oriente vers sa femme, à l’intérieur de la boutique. Je lui explique rapidement le sujet l’enquête, l’affichette, mais aussi la concertation et le besoin exprimé par des habitants d’une mise à jour sur le code de la route et les panneaux. Elle pourrait participer à des ateliers en soirée et me remet sa carte de visite. à recontacter absolument pour les ateliers d’urbanisme

Rue de Larmor, un homme affirme d’abord qu’il n’est pas du quartier. Puis nous discutons et il reconnaît qu’en fait il habite dans le coin. Il prend le QR Code

Rue Bayard, il y a des travaux dans des garages situés avant le 5. Je voudrais savoir s’il s’agit de transformer un garage en autre chose ou au contraire d’une remise en garage fonctionnel pour le stationnement. Mais comme ce ne sont que des ouvriers et que le propriétaire est absent, ils ne sont pas habilités à répondre.

Rue Lafayette, un couple marche. J’explique la démarche. Ils trouvent qu’il y a plus de monde qui stationne ici depuis que c’est devenu payant dans le centre-ville (c’est surtout à durée limitée plus que payant)

Rue César, une femme jeune marche d’un pas rapide. Elle est journaliste au télégramme, a vu mes messages à la craie et pensait que ça ferait un bon sujet. Elle se déplace au quotidien en vélo. Elle va chercher sa voiture pour se rendre à Quimperlé. Comme souvent elle ne trouve pas de place devant chez elle, elle se gare au début de la rue et laisse sa voiture plusieurs jours.

Je discute avec un jeune homme en l’accompagnant dans sa marche. Il habite rue de Kerfontaniou, il fait presque tout au quotidien a pied ou à vélo et sa conjointe aussi. Ils ont une voiture, mais ne l’utilisent que pour des motifs particuliers. Par exemple, aller faire du sport à Lanester. Ce ne serait pas possible de faire le même sport moins loin ? Oui c’est vrai. Pour lui, les bus à Lorient c’est rédhibitoire. Dans des villes où les transports collectifs sont performants OK, mais ici non. Ses voisins ont des vélos cargos et font presque tout avec, mais ils ont encore une ou deux voitures. Il faudra aller les voir.

S’en suit une sortie des classes à 16H30 avec un message à la craie. Une faible proportion de parents déclarent habiter Merville (question filtre), ceux qui répondent oui, scannent le QR Code (à l’aller ou au retour, s’ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas le temps à l’aller).

avenue Jean Jaurès : une joggeuse retire son oreillette et s’arrête le temps de scanner.

Je retourne au rue de Larmor pour frapper chez le monsieur qui regardait la télé hier soir. Je vis avec lui l’expérience de sa fracture numérique, en l’aidant à retrouver le document qu’il a scanné pour le joindre comme pièce jointe d’un mail. Ensuite, il répond à mon questionnaire, je lis les questions et complète les réponses avec son téléphone.

rue Guégan une femme part de chez elle à vélo pour aller à La Base, elle est pressée, je lui explique et inscrit le mail à la craie sur le trottoir devant chez elle.

Un homme passe et me demande pourquoi j’écris aussi gros (à la craie pas facile).

Sur le retour je croise un quarantenaire qui marche. Je lui propose le QR Code, il me montre son téléphone à clapet. En plus, il n’a pas de voiture, ne conduit pas, son vélo est en attente de réparation, il marche. Je lui propose une interview et il me donne son mail. → il n’a hélas pas répondu à mes mails !!! Il faudrait que je le recroise un de ces jours.

Vendredi :

Retour en train en passant par Nantes, l’occasion d’une visite express en compagnie d’un ancien collègue urbaniste. Puis Saint-Pierre des Corps et Orléans.

Résultat :

Les échanges avec les nombreuses personnes rencontrées ont été riches. Des informations se recoupent concernant les problématiques rencontrées en divers points du quartier : la rue Ratier, la rue Kerfontaniou, la rue de Larmor, la rue Louis Cren, l’avenue Jean Jaurès… Toutefois, cela ne produit que 12 questionnaires complétés (au 10/10).

Ce qui me surprend, c’est que de nombreuses personnes ont vu mes messages à la craie. Pourtant personne n’a osé m’écrire à l’adresse indiquée. Certains disent même avoir photographié les inscriptions. Si ça ne produit pas de retour, je pense que cela donne réalité au projet. Une interviewée m’a indiqué que ça pouvait avoir donné une mauvaise image, un manque de sérieux, un truc de rêveur. Cela dit, c’est en inscrivant à la craie que j’ai créé l’occasion de rencontrer cette personne.

A faire :

  • Communiquer sur les réseaux sociaux : un post LinkedIn (bien relayé, ça fait plaisir la tape dans le dos, mais peu de personnes concernées par le questionnaire) et Instagram (je suis nouveau ici, viralité = zéro). J’ai créé un compte Facebook que je boycotte depuis l’origine et mon profil Laurent Démobiliste a été banni en moins de 24 heures. Je voulais faire de la publicité ciblée… pas eu le temps. J’ai été tenté par la formule proposée par insta qui me promettait une publication boostée dans un rayon d’un kilomètre pour 5$ par jour, mais je me suis dit que j’allais attendre de voir l’impact d’un courrier dans les boîtes aux lettres. ça me dérange toujours un peu d’utiliser les méthodes de la publicité.
  • Rédiger du contenu pour une lettre papier à la signature de l’adjointe au Maire à destination des habitants du quartier.
  • Recontacter les personnes volontaires pour faire des interviews.
  • Prendre des vacances (faudra que je raconte un jour la croisière ça m’use)

MISSION 3 : du 2 au 8/12/24

Avant cela, j’ai réalisé deux entretiens de plus (rue de Merville et rue Kerfontaniou). Les réseaux sociaux n’ont pas provoqué une explosion du nombre de questionnaires complétés, mais on est monté à 22. Pas de quoi se lancer dans des analyses chiffrées. Comme il n’y a pas eu de déplacement en novembre, le démarrage me semble top lent. Je suis donc très motivé à passer à l’étape du courrier à distribuer aux habitants, un filet de plus grande taille.

Mardi :

Trajet Orléans-Saint Pierre des Corps-Nantes

Escale de 45 minutes (moins 5 min de retard). RDV avec Gwendall venu pour calibrer mon téléphone pour une utilisation optimale de Noise Capture. Il me prête un micro de compétition et m’explique comment calibrer un autre téléphone à mon tour. Merci à la team de Noise Planet : Gwendall et Erwan (les anciens collègues d’Eval PDU). J’ai quitté un peu précipitamment mon ingénieur du son pris d’une peur de rater le train (alors que j’aurais pu rester 10 minutes de plus, pour un ami pas vu depuis 12 ans, c’est dommage. Désolé Gwen).

Trajet Nantes-Lorient RAS

Marche rapide jusqu’au Concept, rue de Kerjulaude, pour l’apéro de la communauté LowTech du Pays de Lorient qui a débuté à 18H00. Rencontre avec la team ALOEN et les low-techos locaux, des porteurs de projets incroyables de restauration/cuisine solaire, verger participatif (avec séchoir à Lanester)…

Je présente le projet du déMobiliste et discute un peu plus avec mon voisin de gauche, musicien, « geek donc fan de low-tech ». Il habita Merville, fut un temps. Il a tenté la mutualisation de véhicule dans son impasse actuelle, parce qu’il a un camion, intéressant dans une flotte mutualisée, mais pas forcément adapté à n’importe quel motif de déplacement. Hélas, ça n’a pas pris…

Une des participantes pratique la mutualisation d’outils avec ses voisins, mais elle est gênée d’être toujours l’emprunteuse. Les autres prêtent, mais n’empruntent pas et ce déséquilibre est un peu gênant.

Mercredi :

Rendez-vous à 9h00 devant l’école de Merville avec JC, membre du CLAAV, pour une balade à vélo dans le quartier. Il fait froid, mais beau et sec, ensoleillé. Il occupait le poste de la personne qui suit mon projet au service environnement de la Ville, avant de prendre sa retraite. Il habite le quartier Kreisker, qui faisait partie de la short-liste.

Devant le Margouya, nous découvrons une voiture garée sur la piste cyclable qui permet le contre-sens de la portion à sens unique de la rue de Larmor. Plus tard nous y revenons, elle n’a pas bougé (ce n’était pas un achat de clopes ou de journal). Pendant que nous discutons, une jeune femme s’installe au volant. JC lui indique qu’elle gêne un peu. Elle n’a pas vu, il n’y avait plus de place, la prochaine fois elle ira ailleurs, mais ça la saoule un peu qu’on lui fasse la remarque.

Les problèmes de l’intérieur du quartier ne sont pas directement liés aux (rares) aménagements mais au stationnement gênant, aux rues à double sens alors que la largeur est insuffisantes, aux vitesses excessives des voitures… Le quartier est apprécié des cyclistes, notamment si on compare la présence de vélos entre la rue de Larmor et l’avenue du Général de Gaulle.

Rue Lefort, JC indique qu’il n’aime pas l’aménagement du contre-sens cyclable placé entre le stationnement et le trottoir et une voiture qui mord sur la bande cyclable illustre à merveille pourquoi. Le trait de peinture ne suffit pas à un positionnement respecté. Toutefois il reconnaît que l’aménagement limite le risque d’emportiérage, puisque le cycliste arrive en face du conducteur, augmentant la visibilité réciproque.

Rue de Larmor nous découvrons une voiture garée à cheval sur le trottoir et le contre-sens cyclable. Elle a deux pneus crevés. J’émets l’hypothèse du cycliste ou piéton vengeur, il émet celle du véhicule accidenté, qui se serait échoué là après crevaison, la jante est abimée. Je ne suis pas expert en balistique routière.

Vengeance ou accident ? rue de Larmor

Nous parlons aussi du réaménagement en cours de l’avenue Jean Jaurès, de l’ancienne passerelle au dessus de la voie ferrée (disparue avec le chantier de la pénétrante), de comptages routiers, de l’Audélor, d’une de ses connaissances qui habite le quartier, de Vigilo qui n’est pas très utilisé (mais l’appli de la ville de Lorient permet le signalement), du travail de réflexion du CLAAV sur le plan de circulation de Merville (engagé en mai, sans savoir que le démobilite aurait lieu ici, c’est exactement le même périmètre !). Nous finissons la balade par une micro piste cyclable (une relique) rue Jean Coquelin.

10h30 entretien en visio avec ma 4e interviewée : une habitante de la rue Bayard que je peux qualifier de militante/activiste zéro-déchet, provélo, engagé dans de nombreux projets

L’après-midi commence par un peu de retranscription, puis je me rends dans le quartier. Je déambule, photographie et me lance dans la cartographie du bruit. Vu comment Gwendall m’a outillé, il faut maintenant contribuer.

Ce n’est pas évident car le vent souffle plus ou moins fort selon la position dans la rue, les mouettes se mettent à hurler, un bruit de chantier raisonne au loin, une sirène surgit. Sur un enregistrement d’une minute, il est difficile d’avoir un enregistrement stable. Sans surprise, il y a une nette différence entre les axes circulés et les rues sans trafic. Le passage d’une moto ou d’un bus font monter les décibels.

Les boulevards étaient déjà bien couverts (en dehors d’Herriot), j’ai surtout mesuré dans des petites rues calmes.

Jeudi

J’attends la signature et l’impression imminente du courrier que je compte distribuer dès que possible. Il pleut. Je retranscris l’entretien de la veille, envoie des mails…

Un appel, trente minutes plus tard on me remet le courrier imprimé en 1000 exemplaires. Je sors de la mairie motivé comme jamais. J’arrive aux niveau des anciennes halles de Merville et la pluie passe du crachin à la vraie averse qui mouille. Je suis un peu désorienté et remonte l’avenue Jean-Jaurès à la recherche d’un abris pour plier mes feuilles A4. Devant le lavomatic, c’est la révélation : un lieu sec, ouvert au public, qui sent bon la lessive, avec de grandes tables pour plier son linge… ou son courrier. J’aborde chaque utilisateur qui entre : aucun des trois n’habite le quartier (incroyable). Un homme fait son entrée par une porte dérobée, j’en déduis qu’il est chez lui et décide alors de lui expliquer mon utilisation peu conventionnelle de son local et de le remercier de son hospitalité.

Nous discutons des travaux en cours devant sa vitrine. Il ne comprend pas le rétrécissement de la contre-allée. La végétalisation, oui (encore que pas sûr que ça suffise à régler la problématique d’inondation ruissellement), en revanche le maintien du stationnement (que lui n’a pas demandé) a pour conséquence que piétons, cyclistes, trottinettes, véhicules en recherche de stationnement (puisque le stationnement est maintenu, ce que nous déduisons de démarcations en béton) et véhicules de livraison vont partager un espace encore plus étroit. Pour lui, le sujet c’est : les gens qui sortent de son lavomatic ou ses locataires au dessus, qui risquent de se faire percuter en sortant du bâtiment.

Comme je lui explique l’objet de mon intervention, nous évoquons le partage de véhicules. Il est dubitatif. Il avait un camion qu’il a mis en location sur une plateforme, il a arrêté suite au mauvais état dans lequel il l’a récupéré. Il est (ou a été) copropriétaire d’un voilier avec des amis. Il y avait des abus. Notamment, celui qui le prenait sans prévenir. Tu viens sur le ponton, car normalement personne ne l’a réservé, mais le navire vogue déjà au loin.

Il est 16h00, je n’ai plié qu’entre 100 et 200 courriers, la pluie semble se calmer. Je remballe et j’y vais. En fait, je l’ignore encore, mais la pluie n’en est qu’aux prémices :

Je commence par la rue Claire Droneau, arrivé au niveau de la rue de Larmor les conditions se dégradent, il pleut à torrent. Je poursuis rue La Fayette, rue de Kerfontaniou, un bout de la rue César, Je me réfugie sous l’entrée du Théâtre. J’observe l’étendu des dégâts. Le carton qui contient les lettres part en lambeaux. Mon écharpe a convenablement protégé le dessus, mais l’humidité du carton attaque la pile de papier par le dessous et les côtés. La pluie baisse d’intensité, je distribue dans la rue Alfred Trescat, puis remonte la rue de Kerfontaniou, les dernières lettres pliées seront postées rue du Couvent. Je suis trempé. Arrivé à la maison je découvre que la pile qui se trouvait dans mon sac à dos n’a pas été totalement épargnée par l’humidité. J’essuie les feuilles les plus humides, sépare les piles pour qu’elles sèchent. L’une d’entre elle est vraiment dégradée. L’essentiel est sec, certaines sont un peu gondolées. Je me sèche, je plie un peu.

Il y a une bonne nouvelle dans l’affaire. Sous le déluge, au début de la rue La Fayette, j’ai reçu un appel du théâtre (le grand) : une place s’est libérée, pour la représentation du soir. Une pièce remarquable de Bertolt Brecht, une première pour moi dans ce bel équipement. J’ai donc loupé le discours présidentiel.

Pendant ce temps, je loupais un événement majeur : la remise du prix du bénévole de l’année dans le domaine du sport, Joël pour 36 ans de bénévolat (au four et au moulin d’un club de foot : entraîneur, président, logisticien, cuisinier, organisateur d’événements, colleur d’affiches, taxi…), il avait déjà remporté ce prix en 2004, mais il n’a pas chômé depuis et cette fois il est décoré par un Monsieur le Maire, ex Ministre de la Mer d’un gouvernement censuré la veille. La classe. Dans le domaine du bénévolat, il est imbattable, la barre est trop haute (dois-je préciser qu’il m’a prêté un vélo, une sacoche, un imperméable et des chaussures sèches, en plus de faire mijoter des petits plats).

Vendredi :

Dès le réveil : pliage. Mes parents m’aident. Je veux aller vite, car il fait beau. 10H30, toutes les lettres sont pliées. Mon père me prête sa sacoche du « bénévole du mois » de la FFF pour y placer un tas de lettres facilement accessible, le reste du stock est dans mon sac à dos.

Je reprends la distribution rue du Couvent, puis sillonne chaque rue du quartier. Je croise la dame qui promène son chien (on se reconnait). Je remets quelques courriers en main propre.

Rue Louis Cren, Je croise un ancien médecin de campagne qui m’explique qu’après en avoir parcourus des kilomètres au volant, il est désormais un utilisateur assez rare de sa voiture. Je lui explique ma démarche et propose un entretien, il m’explique qu’il n’est pas du genre à participer à ce genre d’action collective. Il est bien, tranquille dans sa maison.

Vers 13h00, je m’interromps pour manger un sandwich sur un banc devant l’école, face aux halles. Je contemple le ballet des piétons et cyclistes hauts en couleur. Puis la distribution reprend.

Rue de Larmor, je découvre que la pose de ralentisseurs est prévue en réponse à la campagne de comptage observée précédemment.

Une vieille femme propose de scotcher la feuille pour que les autres locataires de son petit collectif aient l’information. Dans un autre c’est une femme qui nettoie les parties communes qui offre le même service.

Dans une impasse de la rue Joël Le Vigueres, j’ai une discussion avec une femme très intéressée par la démarche. Elle jardinait et je ne voyais pas où se trouvait sa boîte. Elle m’explique qu’elle n’utilise presque plus sa voiture. Journaliste retraitée, elle est aussi une ex-parisienne. Nous parlons des pistes cyclables et des bus, qui sont pas mal. Mais le point faible, c’est qu’on ne peut pas aller à la plage… pour être précis, elle ne peut pas aller se balader à Kerroch avec son chien ! Pourtant, c’est là qu’elle a envie d’aller se promener… Comme sa voisine a aussi un chien, il leur arrive de covoiturer pour ce motif.

16h00 : la 999e est postée !! Je n’ai pas fini de faire le tour de mon polygone, la pénurie de lettre ma fait m’arrêter rue de Merville.

Poster m’a obligé à rechercher chaque boîte aux lettres. Parfois je n’ai pas trouvé. J’ai aussi glissé le papier dans des boîtes qui après réflexion n’en valaient pas la peine. En poussant la feuille dans la fente, je sentais la résistance d’un vieux tas de papier : bourrage. Lorsque je m’en rendais compte assez tôt, je n’ai pas ajouté une feuille à un amas débordant. En observant la façade, des volets fermés ou des vitres sales me donnaient le sentiment de bâtisses vides. Il y a quelques logements vacants même dans ce quartier aux belles maisons.

Il y a le problème du logement collectif : dans les petits collectifs, les boîtes sont parfois à l’extérieur voire la porte d’entrée fait office de boîte commune (qui verra le courrier ? Cette personne si elle existe partagera-t-elle l’information ?). Le problème se pose avec les boîtes situées dans le hall de l’immeuble. La plupart des résidences imposent l’usage d’un pass PTT que je n’ai pas. Celles qui sont ouvertes ont eu leur lettre. Parfois, j’arrivais au bon moment et cela m’a permis d’accéder aux boîtes.

→ il faudrait prévoir une relance à l’usage à l’usage des collectifs

Parfois, j’ai glissé deux lettres au lieu d’une, par manque de méthode : collectif avec un mur de boites ou distribution en zigzag dans une rue de maisons. N’étant pas certain d’avoir déjà posté, j’ai préféré reposter (ou pas) dans le doute.

J’ai vu la vacance des logements par l’état de leur boîte, mais j’ai aussi du Airbnb. Les boîtes à clés mériteraient d’être comptabilisées. Il y en a pas mal. Rue de Larmor, je suis entré dans un petit collectif. Sur ma gauche un alignement d’une dizaine de belles boîtes aux lettres toutes neuves, je me frottais les mains. Au fond du couloir, une femme s’engage dans l’escalier. Je l’interpelle. Elle n’habite pas les lieux, il s’agit de locations courte durée dont elle assure la conciergerie !

Découverte/Le Bon Coin : une voiture à vendre rue Bayard, un garage à vendre dans la résidence en forme de barre incurvée de la rue César

18H30 Assemblée Générale du CLAAV au Concept, forcément.

Pour la deuxième fois de la semaine, je me retrouve dans le sympathique tiers lieu de la rue de Kerjulaude. Cela me permet de découvrir le collectif cycliste de l’agglomération de Lorient : JC, avec qui j’ai déjà pédalé, Michel, avec qui je n’avais échangé jusqu’ici qu’à distance (grâce à qui j’ai été convié) et tous les autres. Le député de la circonscription est de passage, je lui explique mon projet avant que la séance ne démarre. Les différents points à l’ordre du jour me permettent d’en apprendre davantage sur le collectif. Un point dédié m’autorise à prendre la parole pour présenter le déMobiliste aux participants et de répondre à quelques questions. La discussion se prolongera avec quelques membres du collectifs durant le pot de circonstance. Aucun n’habite Merville, mais certains y ont des connaissances. Notamment un architecte, qui ne fait que de la rénovation et hostile aux constructions neuves (on est fait pour s’entendre).

Pendant ce temps j’ai loupé :

la soupe à l’oignon organisé par les commerçants de la rue de Merville et de l’avenue Jean Jaurès (j’ai découvert son existence dans le journal du lendemain).

– la victoire des Merlus sur Troyes deux-zéro (on n’est passé pas loin du Lorient-Troyes deux-un). Faut remonter les merluchons !

Samedi :

Au réveil, il pleut et il a plu fort depuis un moment. Le temps est tempétueux. Ouest-France m’informe d’un haut fait divers, qui a l’avantage de rester comique puisque la tragédie a été évitée.

Le temps que je me prépare, une accalmie se profile. J’en profite pour me rendre aux Halles de Merville, c’est le marché du samedi matin. Après un rapide tour des stands extérieurs, la pluie est de retour. J’entre dans les halles, à la recherche de l’emplacement idéal. Je suis déconcentré par la nourriture, un énorme homard notamment. Partout il y a des échoppes, je ne vois pas de petit coin qui ne gênerait pas le passage ou le commerce. En face de la laiterie de Kerguillette, un fromager paraît fermé. Renseignement pris, il ouvre traditionnellement plus tard que ses confrères. Je sors à la recherche d’un carton, j’en trouve un ayant contenu des oignons doux des Cévennes et y inscrit un message sommaire. L’emplacement logique est à l’extérieur en direction du quartier de Merville. L’autre entrée, côté centre-ville, est animée par une chorale.

J’alpague, je salue, la question filtre étant « habitez-vous le quartier de Merville ? ».

Un homme, qui habite un autre quartier prend le temps d’en savoir un peu plus. Il en a marre qu’on nous prive de nos derniers espaces de liberté. On ne va pas retourner au 18e siècle. On empêche les gens qui habitent la périphérie de venir en ville, ce qui suppose de trouver une place et de ne pas avancer dans les bouchons. Il faut agir pour le climat, mais pas se mettre les gens à dos.

Un jeune homme habite rue Bayard. Il ne conduit pas. Sa copine non plus, mais elle veut passer le permis et avoir une voiture, en attendant il faut déjà qu’elle apprenne le français. Il pourrait être l’entretien numéro 5.

Un vieil homme qui habite rue Descartes et a bien reçu la lettre me confie que c’est compliqué de se garer dans sa rue. Le dernier arrivé se trouve obligé de se garer hors d’un emplacement. Ce n’est pas pratique, ça met une mauvaise ambiance, mais chacun gère dans son coin, il ne voit pas d’issue possible, c’est qu’on est individualiste.

Plus tard, un groupe de femmes se forme. Deux habitent rue Jeanne d’Arc et l’autre rue Descartes. Elles ont lu le courrier et sont intéressées. Rue Jeanne d’Arc, la convivialité est de mise, fête des voisins, coups de main, échange de bons procédés, arrangement du type je me gare devant ton garage, groupe whatsapp de la rue, accueil des nouveaux arrivants… On utilise très peu la voiture.

Rue Descartes, les tensions se confirment. Régulièrement, une voiture mal garée est signalée à la police, de ce fait, la verbalisation frappe tous les véhicules de la rue qui se garent devant les garages (souvent le leur). Qui plus est, la suspicion règne : qui est le délateur ? Ça peut être n’importe qui.

Un homme qui marche avec un déambulateur et dont le handicap ne facilite pas la compréhension m’explique les difficultés de cheminer au milieu du mobilier. Il me décrit un passage piéton implanté n’importe comment qui ne débouche sur rien. Je suis désolé de n’avoir pas compris l’emplacement exact de cet aménagement aberrant (j’adore les visiter et les photographier).

Une femme ayant vécu à Montréal (je crois qu’elle habite rue de Kerfontaniou, mais pas sûr, une traductrice menacée par l’IA) m’explique qu’en s’installant ici elle pensait pouvoir se passer de voiture, mais que c’est en fait impossible. Son fils fait des études à Brest et le train ne va que jusqu’à Quimper. Il a essayé le covoiturage, mais n’aime pas trop. Son père chauffeur routier le dissuade de se faire conduire par un autre conducteur (dont on ne connaît pas le talent). Hypersensible aux odeurs, elle ne veut plus prendre les transports en commun. Nous discutons aussi des tensions dans l’espace public, du niveau de cordialité qui baisse, les gens sont tendus.

Un vieux monsieur qui habite souvent chez son amie rue Louis Cren, un ancien détective privé, me fait part de la problématique du raccourci pour éviter le feu de Kerjulaude. Il m’explique qu’il y a eu des tentatives pour réduire la vitesse, notamment pendant un moment à l’aide d’un radar pédagogique qui n’a pas été efficace, mais c’est parce qu’il n’était pas placé à la bonne hauteur.

Une femme me fait partager son expérience du covoiturage avec un passager pour qui elle a fait un détour dans le centre de Brest, alors qu’elle partait de la périphérie et qui a fait semblant de dormir pour ne pas avoir à discuter pendant le trajet.

A plusieurs reprises, mes interlocuteurs en arrive à la conclusion qu’il faudrait des véhicules partagés dans toutes les rues, un peu comme Autolib. Des petites citadines basiques, qu’on pourrait emprunter à pas trop cher et en nombre suffisant pour ne pas craindre l’indisponibilité. Voilà qui permettrait à ceux qui utilisent peu leur voiture, de la vendre et de libérer de la place.

Nous évoquons les quelques voitures en autopartage de la Ville de Lorient, c’est l’idée, mais à une tout autre échelle.

J’ai été veinard car il n’a presque pas plu et il y a eu un arc en ciel. A 12h45 j’ai quitté mon poste, parce que le marché touchait à sa fin et que j’avais froid, malgré quelques rayons de soleil, j’étais à l’ombre d’un utilitaire, il aurait fallu que je me décale, mais j’avais inscrit au sol un emplacement de craie. J’avais faim aussi, au milieu de toutes ces bonnes odeurs (j’étais attendu pour le déjeuner).

Si je dois le refaire : me décaler un peu pour être au soleil. Mettre une banderole sur la camionnette. Distribuer des tracts ou cartes de visite (le courrier était épuisé, ça aurait pu servir aussi à ça)

Le marché m’a permis de capter des personnes qui n’ont pas eu le courrier (habitat collectif) ou n’ont pas encore ouvert leur boîte, mais aussi de répondre aux personnes qui ont reçu le courrier et voulaient en savoir plus, ou encore de relancer des personnes qui ont posé le courrier sur la pile après l’avoir lu en diagonale.

15H00 de retour dans le quartier, je m’engage dans une déambulation aléatoire, je me déplace sans but, prends des photos, joue avec une craie. Peu de rencontres, car il n’y avait pas grand monde dans la rue (mais beaucoup de voitures garées), la météo n’est pas optimale, c’est l’automne.

Il y a des clichés qui valaient le déplacement, mais surtout deux rencontres :

A l’extrémité Sud de la rue Ratier : En début de session, j’engage la discussion avec un quadra qui promène son chien, alors qu’il pleuviote. Il a deux voiture, avec sa femme, ils travaillent sur un vaste territoire et doivent se rendre chez des particuliers pour y suivre des travaux de rénovation qu’ils organisent (ils font intervenir les artisans de différents corps de métier). Il peut recharger sa voiture électrique au local de son entreprise (mais pas à son domicile). On discute des effets pervers de l’économie subventionnée dans laquelle les aides produisent une inflation, mais leur interruption tue le marché (les voitures, les vélos, la rénovation). Il convient qu’on peut tous réduire son usage de l’automobile, chacun à son échelle, certains plus que d’autres.

Au Nord de la Rue Ratier, après avoir hésité à rentrer à cause du mauvais temps, je refais une boucle dans les rues. Je veux photographier un garage devant lequel est stationné un véhicule. Sur la porte, un panneau stationnement interdit mentionne un numéro d’immatriculation qui correspond avec celui du véhicule. C’est un grand classique dans le quartier.

Un jeune homme ouvre la porte, avec un air un peu inquiet.

– Je ne suis pas de la police, je ne vais pas vous dénoncer

– C’est vous le courrier ?

– Oui, c’est moi.

Sa mère le rejoint sur le pas de la porte, au bout d’un moment, ils me feront entrer parce que l’échange durait un peu et le vent était glacial. Ils m’expliquent que beaucoup font de la sorte, parce que ça arrange tout le monde. En réalité, leur véhicule ne peut pas entrer dans le garage, il est bien trop court, alors que c’est un modèle de voiture compact. Le problème, c’est qu’il arrive que certains se garent sur le trottoir (on peut en voir deux un peu plus loin). Comme ça gène, c’est signalé à la police et quand ils viennent, ils alignent tout le monde, même les véhicules qui ne gênent pas le passage, garés devant leur propre garage.

Madame est à la retraite, elle n’utilise presque plus sa voiture, son fils fait tout à vélo. Ce qui est fou, c’est qu’il lui arrive de prendre sa voiture, seulement pour ne pas être verbalisée, par exemple, pour aller avenue du Général de Gaulle (à l’autre extrémité de la rue Ratier). Elle le ferait bien à pied, mais comme ça elle est sûr de ne pas avoir une prune.Les véhicules mal garés devraient faire attention, il n’y a pas longtemps, il y en a un qui a retrouvé ses pneus crevés et sa carrosserie rayée. On dirait qu’ils n’ont pas retenu la leçon. Cela m’évoque forcément le véhicule aux deux pneus crevés vu dans la Rue de Larmor.

Rue Eugène (plus ou moins bien) Garé

Non loin de là, de l’autre côté de la rue de Merville (Jean de Merville pour être précis) se situe la rue Eugène Garé. Elle n’existe qu’ici, car cet homme était le propriétaire du terrain sur lequel elle a été construite. Ce qui n’existe pas qu’ici en revanche, c’est qu’il existe des gens que ça gêne pas de mal se garer, qu’il s’agisse de stationnement gênant ou simplement non autorisé.

Petit florilège en images :

Le soir, je fais un restau avec des amis, ce qui me permet de marcher dans le quartier de la gare et de l’eau courante, de voir les voitures en autopartage devant la gare, un panneau mobile (normal dans la cité de la voile) et un panneau enrichi d’une citation de Bertolt Brecht qui fait écho à la pièce de théâtre.

Dimanche :

Initialement, lors de la rédaction du courrier, il était prévu que le dimanche soit consacré à une déambulation dans le quartier. Mais le séjour du mardi au dimanche représente déjà une longue absence du foyer et une bonne durée d’hébergement chez mes parents.

Je me lève tôt pour arriver dès que possible chez moi à Orléans. La météo s’annonce pluvieuse, mais je n’ai pas une goutte durant la demi-heure de marche vers la gare, j’ai bien fait de refuser une fois encore qu’on m’accompagne en voiture. Ce n’est pas toujours simple de refuser, parfois les gens sont insistants, mon entourage s’y habitue, mais ils proposent encore.

Le TGV Inoui, départ initialement prévu à 8h21, arrive en gare à 8h31 et repart de Lorient à 8h47. Après embarquement, une annonce retentit : « Notre train a un problème. Des voyants de frein s’allument. Nous allons éteindre et redémarrer le train, l’alimentation va être interrompue, n’ouvrez pas les portes. » C’est vrai qu’à son arrivée en gare le train sentait le cramé, cette odeur caractéristique qu’on sent suite au freinage (qui interroge sur la qualité de l’air dans les compartiments, lorsque cela se produit). L’annonce suscite des réactions des passagers dans la rame presque vide : on est dans un train à grande vitesse qui n’a pas de frein, tout va bien , on n’est pas inquiet du tout.

Quelques minutes plus tard :

« Le conducteur a tout réparé, nous avons une rame neuve entre guillemet … et 25 minutes de retard. »

Je plonge dans la rédaction de mon compte-rendu de terrain. Le train se remplit progressivement, à Rennes il est plein (sauf la place à côté de moi !) A un moment, mon ordi bug je ne peux plus bouger le pointeur. Je redémarre en force car ctrl+alt+suppr ne produit rien… ça repart, mais je dois retaper mes dernières phrases (que j’ai pris le soin de photographier avant d’éteindre).

A l’arrivée à Paris, les 25 minutes de retard n’ont aucune incidence, sinon de réduire la durée d’une correspondance très généreuse. J’ai le temps de marcher de Montparnasse à Austerlitz. Une balade entre les gouttes dans Paris en grande forme. Pas le temps d’aller voir Notre-Dame, mais mon itinéraire était déjà grandiose. Rue Froidevaux, des rues barrées, un chantier interdit l’accès à l’arrêt de bus mais le droit de passage fait tomber les barrières, boulevard de Port-Royal une publicité spéciale arrêt de bus, un panneau désintégré, un enfant transporté dans un caddie de marché, rue Saint Marcel : un panneau interdit au sol devant Jeanne d’Arc, la passion automobile rideau fermé, la rue René Panhart apaisée, boulevard de l’hôpital un chantier d’élagage d’urgence, et partout des cyclistes parés à toute épreuve et des parapluies morts dans la tempête.

Orléans me semble bien calme durant la vingtaine de minutes du trajet depuis la gare. Encore une journée où j’aurais marché deux heures sans m’en rendre compte.


2 réponses à “Le déMobiliste au pays des Merville : carnet de bord ethnographique”

  1. Ce carnet montre bien à quel point la mobilité est au carrefour de tant de domaines généralement vus en « silos », le logement, le travail/l’emploi, les loisirs, le sport, les tranches d’âge, le handicap, le commerce, la voirie, le climat, le tourisme, l’énergie, la gestion des déchets, de l’eu, de l’assainissement… dans une ville qui s’est construite au fil des siècles, et évolue jour après jour, avec un certain manque de concertation entre les acteurs, et des « prises de pouvoir » par des groupes de pression qui veulent imposer à tous leur façon de voir… L’urbanisme et l’aménagement urbain imposent une vision globale, aussi objective que possible, pour tenter de répondre aux besoins et aux pratiques, l’habitant ayant certes son mot à dire, mais aussi tous ceux qui fréquentent le quartier, ou le parcourent pour diverses raisons, la vielle comprenant aussi ses périphéries… Les agences d’urbanisme ont été créées dans ce but, associant des profils pluridisciplinaires dans des structures d’assez petite taille permettant (en principe !) les échanges et les démarches collectives, avec une certaine indépendance par rapport aux politiques (ce qui ne leur plaît évidemment pas, alors que ce sont eux qui financent !)…

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