J’ai eu la chance d’accompagner la classe de ma fille pour la dernière journée d’apprentissage du vélo en CM2, celle de la mise en situation en circulation réelle, le bloc 3 du SRAV. Présent en qualité de parent et non en observateur accrédité, mais incapable d’éteindre mon cerveau, me voilà obligé d’en faire un compte-rendu, dans l’espoir qu’il puisse contribuer au bien commun : améliorer les méthodes éducatives pour que nos enfants circulent à vélo en sécurité.
Mon rôle était de celui de vélo-balai, en queue de peloton. J’ai remis en place trois chaînes après leur déraillement, ma technique du bâton pour ne pas se salir les doigts n’a pas vraiment fonctionné. En plus d’assurer la « sécurité », j’ai surtout passer une belle journée à pédaler avec nos enfants, un super groupe. Incorrigible, je n’ai pu m’empêcher de prendre des photos des panneaux, des aménagements, mais aussi des apprentis cyclistes.
Pour pallier à l’absence d’autorisation en bonne et due forme, qui mettrait longtemps sans garantie d’aboutir, le propos et les images ont été anonymisés (pas de visage, pas de nom), à la manière de cash investigation, sauf que je ne dénonce aucun scandale. En fait, c’est plus un audit externe par un client mystère, qui serait offert en cadeau à l’éducation nationale, la ville d’Orléans ou le ministère des transports. Prenez-le comme un avis tripadvisor, mais un vrai, pas rédigé par un un bot ou une ferme à clics.
Comme la rédaction m’obligeait à des prises de vues supplémentaires, une contrevisite a été réalisée deux jours plus tard (photos où les enfants disparaissent).

Durant le trajet en bus depuis l’école, le maître nous livre son analyse de l’évolution des politiques d’éducation à la bicyclette (il a un peu de recul et prend bientôt sa retraite). Avant, il consacrait 5 jours à cet apprentissage, la dernière journée étant la traditionnelle sortie à vélo. Ce n’était pas parfait, les enfants venaient à l’école avec leur vélo, il fallait s’en faire prêter pour la sortie. C’était amateur et optionnel, cela demandait de l’organisation pour les enseignants (et les parents un peu), donc toutes les écoles et classes ne le faisaient pas forcément et chacun le faisait un peu à sa manière. Toutefois dans son cas personnel, avec la nouvelle formule, il est passé de 5 à 2 jours pour le vélo en CM2.
Ce qu’il décrit recoupe mes souvenirs d’écolier. Nous étions initiés à la signalisation routière en classe. Il y avait également des jours où nous apportions notre vélo à l’école pour faire des exercices dans la cour et ce petit cursus débouchait sur la fameuse sortie à vélo avec l’école, en fin de CM2. Ce rite avait l’avantage de mêler éducation physique, sortie en plein air avec son pique-nique, pour bien finir l’année, avec les beaux jours. En fait, je n’ai aucun souvenir de cette sortie, sinon qu’elle était prévue. Soit mes neurones l’ont effacé (possible), soit les conditions météorologiques l’ont annulé (très probable, mais je confonds peut-être avec le cursus d’apprenti matelot).
Digression nautique pour ceux que cela intéressent : l’école lorientaise consacrait bien plus d’heures et de moyens à l’apprentissage du Savoir Naviguer sur la Mer. Ce qui est fort logique, car c’est beaucoup plus technique de se déplacer sur l’eau avec l’énergie du vent. En sus du cursus de natation, nous étions tous initiés à l’optimiste sur eau douce à l’étang du Ter en primaire, puis au catamaran à Kerguélen (sur océan donc) au collège. Ce module sur plusieurs semaines devait s’achever en apothéose avec une navigation jusqu’à l’île de Groix. Objectif non atteint pour ma classe pour cause de forte houle, avec des creux de 4 à 5 mètres, mon premier naufrage, un beau souvenir. Retour sur le sable tout mouillé, sans l’embarcation qui avait chaviré à moins de 100m de la côte et ramené par le zodiac en mode dépanneuse. Quelques années plus tard, j’eus la chance de vivre cette aventure, grâce au voisin qui avait son petit catamaran. Je m’égare, mais c’est fou, j’ai l’impression que l’éducation nationale avait des budgets colossaux à l’époque.
Avec le SRAV, la méthode d’apprentissage du vélo est la même dans toutes les écoles, les contenus sont fournis et standardisés, cela évite à chaque école de réinventer la roue. Tous les CM2 de la ville d’Orléans ont deux journées à la base de loisir de l’île Charlemagne. Un bus les y conduit, deux moniteurs les accueillent et les forment, des VTT et casques sont mis à disposition. C’est bien ficelé. Le process a été industrialisé afin que tous les élèves soient « aptes » à se rendre au collège en pédalant. C’est une bonne chose du point de vue de l’égalité : pas un enfant ne sort de l’école primaire sans savoir à rouler à vélo, la formation est systématique, c’est comme savoir nager, obligatoire !


Si on peut se permettre des critiques pour améliorer :
- C’est un peu court
- C’est un peu tard
Le cursus se résume en 3 blocs :
- Savoir pédaler : maîtriser les fondamentaux du vélo 2 à 5h selon niveau des enfants
- Savoir circuler : découvrir la mobilité en milieu sécurisé 3h
- Savoir rouler à vélo : se déplacer en situation réelle 2 à 5h selon temps passé au bloc 1
Trop court :
Dans le cas observé, selon les moniteurs qui voient défiler les classes, ce groupe est sur le haut du panier, des enfants qui n’ont pas besoin de passer beaucoup de temps sur les blocs 1 et 3. C’est une bonne chose que la méthode s’adapte au niveau des enfants, car cela permet d’orienter les moyens vers les besoins. Il est vrai que dans l’ensemble, les enfants de cette école publique de centre-ville savent déjà bien faire du vélo en CM2. Néanmoins, pour certains d’entre eux, la pratique sur route semble une découverte ou une occasion rare. Il y aura une petite chute à l’arrière du peloton, sans gravité. Une fois revenus hors de la circulation générale, je verrais les hésitations d’une petite en haut d’une pente, ne se sentant pas d’y aller seule. Il y aura aussi quelques quasi-accidents liés à un manque d’anticipation dans le freinage et des distances de sécurité insuffisantes. C’est bien normal quand on découvre le vélo en peloton et l’effet d’accordéon. Il faut se tromper, c’est comme ça qu’on apprend.
Pourtant, même pour ces enfants pédaleurs, la séquence « sur route » me semble insuffisante car l’itinéraire pratiqué est certes une situation réelle, mais assez tranquille, résidentielle, apaisée. Le circuit (que je détaillerai ci-dessous) est parfaitement adapté à une première incursion dans la circulation générale, mais il faudrait ensuite d’autres séances en milieu plus hostile, car les situations réelles ne manquent pas, qui offrent davantage de complexité, difficulté, dangerosité. Faut être progressif dans le passage d’un braquet à l’autre, sinon on déraille. Pour prendre une autre image, ce serait un peu comme si vous obteniez votre permis à Dol de Bretagne (cas de l’auteur) et que cela vous autorisait à circuler le lendemain en agglomération parisienne.
A ce propos, à un moment le moniteur s’est interrogé : C’est sympa de le faire dans ce cadre, mais comment font-ils à Paris ? Très bonne question en effet, je serais curieux de le savoir. Si vous avez un témoignage, je suis preneur.
Trop tard :
L’objectif de savoir rouler à vélo pour l’entrée au collège est pertinent, car l’entrée en sixième est le moment de l’autonomisation des déplacements. Le collégien veut se rendre seul à son établissement, ne pas être vu en présence des darons et daronnes, ce serait « trop gênant ». Il y a moins de collèges que d’écoles, les périmètres de la carte scolaire sont plus vastes, par conséquent le trajet est en moyenne plus long (ce qui peut motiver le passage au vélo ou au bus). C’est logique.
Mais (car il y a un mais), le bloc 3 (que j’ai vu) sera insuffisant pour être apte à parcourir le trajet dans six mois, selon sa configuration. Pour cela, il faudrait une ou deux séances de plus. Peut-être même une séance sur le trajet en question. Il est assez facile d’imaginer une séance en fin de CM2 qui déterminerait le trajet à parcourir jusqu’au collège, évaluerait sa difficulté ainsi que la motivation de l’élève (s’il compte le faire en bus, ce n’est pas la peine) et l’appréhension de ses parents (acceptent-ils d’envoyer leur gamin sur ce circuit ?). Cela pourrait déboucher sur une formation ciblée à destination des élèves intéressés et pourquoi pas une mise en situation individualisée, sur leur parcours à eux. Si j’étais le parent d’un élève qui a pour projet d’y aller à vélo, l’été précédant la rentrée, j’organiserais un trajet à blanc. Je l’accompagnerais et le mettrais en garde sur des points de vigilance le long du parcours. C’est peut-être le rôle des parents, après tout ? Toutefois, comme on veut changer la société, les comportements, les habitudes, il ne faut pas compter exclusivement sur la reproduction sociale ou l’imitation des parents. Ils peuvent être indisponibles, défaillants, hermétiques au changement, bagnolards invétérés. Les chiens ne font pas des chats, donc, si on veut que des parents non cyclistes aient des enfants qui vont au collège à vélo, un tiers (l’école, la mairie, une asso) doit prendre en charge ce travail préparatoire. L’objectif n’est pas que les enfants se mettent en danger et s’exposent à des risques que leurs parents n’ont pas pris.
Cela me semble trop tard pour être prêt à la rentrée de sixième, si d’autres séances ne sont pas prévues d’ici là. Plus encore, c’est nécessairement trop tard pour être apte à aller à l’école en vélo AVANT le CM2. Si les élèves de l’école de ma fille savent déjà bien pédaler avant le Savoir Rouler A Vélo, c’est parce qu’ils ont appris avec leurs parents. Dans la classe, il y a le petit Simon qui venait déjà seul en selle en CM1, son petit frère fait le parcours à vélo jusqu’à la maternelle, accompagné d’un parent, mais sur son petit vélo à lui, c’est lui qui tient le guidon et appuie sur les pédales. Ça, c’est pour le champion, mais la plupart des élèves de CM2 ont déjà fait des balades à vélo avec leurs parents. Ils ont déjà monté et descendu des bordures, été frôlés par des voitures… Depuis leur siège bébé hamax, ils ont vu leur pilote se méfier de l’ouverture de portière intempestive, de l’angle mort des camions et des bus, du rail de tramway qu’il faut franchir à angle droit… Ils ont vu les trajectoires dessinées par leur ancêtre depuis leur sillage, comme j’ai appris le code de la route depuis la banquette arrière. Cet entraînement est long, il demande du temps.

Si on veut faire progresser le niveau moyen, il faut tirer vers le haut, viser le meilleur, commencer tôt. Rouler en peloton ou en file indienne, maîtriser l’équilibre et le freinage, c’est possible en fin de maternelle. Le vélo s’apprend en pédalant et la diversité des aménagements se découvre par l’exploration.
Description du circuit orléanais
Petit résumé du parcours SRAV à l’ile Charlemagne, sur les communes de Saint-Jean le Blanc et Saint Denis en Val. En effet, Orléans sous-traite ou plutôt délocalise, car la base est municipale, mais extra-communale.

Si cet itinéraire est adapté à une première virée mais insuffisant pour une connaissance aboutie des configurations possibles, ses 5 kilomètres sont instructifs, car réels.
Il était une fois, une piste cyclable nommée Chevauchée
Dès le parking de la base de loisir, la réalité s’affiche dans toute son insolente majesté : nous rejoignons une piste cyclable branchée de manière bien fantaisiste, suite à des travaux récents. Ici, elle s’arrête nette et vous envoie soit dans le parking par la porte de derrière (d’où nous venons) ou sur un passage piéton vers absolument rien (il sert à couper à travers champ ?). C’est une véritable installation artistique pour méditer sur les voies impénétrables de l’urbanisme : pourquoi l’univers urbain est-il ainsi construit ? Pourquoi est-il aussi méchant ?




Bon, sur notre gauche la piste s’interrompt stupidement, mais ça tombe bien, on va sur la droite, nous. Nous voilà donc lancés sur la piste, et il faut reconnaître qu’elle est royale, cette levée de la chevauchée (un bon toponyme pour commencer). La queue leu leu sur la droite de la bande rouge, l’écolier maîtrise. C’est une mini-route dotée d’un marquage central, il suffit de rouler scolairement dans le couloir de droite, ne pas déborder sur la marge à gauche, ils savent faire.


Très vite arrive la première intersection, comme la piste se poursuit sur l’avenue Douffiagues, il faut franchir la chaussée qui continue sur la levée. Le premier stop. Chaque enfant doit s’arrêter, observer pendant trois secondes pour vérifier que la voie est libre à gauche et à droite, puis s’engager. Il doit remonter sa pédale pour être rapide au démarrage. Si une voiture approche, on la laisse passer. Il y a peu de circulation, donc ça va vite. Une voiture de la police municipale cède le passage, on lui demande de ne pas laisser la file entière passer (ça fausse la mise en situation).




L’intersection suivante, seulement quelques dizaines de mètres plus loin, est plus complexe, il y a plus de directions à vérifier et plus de circulation. Les enfants doivent continuer sur la piste et faire demi-tour un peu plus loin. Une seule parvient à le faire sans poser pied à terre (les vélos sont grands et la piste pas si large, je le fais mais je comprends qu’ils n’y arrivent pas).





Revenus au niveau de l’intersection, nous nous engageons sur une bande parallèle à un passage piéton. Il faut éviter de rouler sur ce dernier, mais il n’y a pas de piéton et comme nous prenons la direction de la rue de Rosette, à un moment, on est bien obligé de rouler dessus, en fait. La consigne (qui se base sur la théorie) est contredite par l’aménagement (c’est bien, ça forme au paradoxe, à la compréhension du complexe). Si l’espace est libre, la trajectoire logique est la plus courte, mais chut, faut pas leur dire, ils découvrirons à l’usage. C’est un peu comme l’obligation de tenir son volant des deux mains, à 10H10, impératif durant la formation et oublié dès l’obtention du permis de conduire. Pour le moment, ils doivent suivre ces trajectoires alambiquées et les récalcitrants sont notifiés de leur erreur.

Point météo : par chance pour moi, les moniteurs et les enfants, comme vous avez pu le voir, il fait très beau ce mardi (et ce jeudi). Un peu frais, mais sec et ensoleillé. La veille, la grisaille avait engendré un plaisir moindre chez les participants. Sur un plan purement pédagogique l’expérience de la pluie est formatrice, mais moins sympa. Si on veut que les enfants soient des pédaleurs de première, il faudra qu’ils pratiquent dans toutes les conditions, mais d’abord qu’ils prennent plaisir à rouler.
Découverte de la circulation sur la chaussée
La rue de Rosette devient un chaucidou mais on s’y engage à 50. Un peu plus loin, une intersection surélevée est limitée à 30, nous filons car aucun véhicule n’arrive de la droite. Le croisement suivant lui aussi est limité à 30, mais même à moins, puisqu’en réalité on doit s’arrêter à un stop et marquer l’arrêt. Puis, comme une ligne de bus passe ici, des quais forment des rétrécissements en alternat et la bande cyclable disparaît de manière abrupte. Pas si doux que ça, donc. Ça permet de découvrir le panneau rétrécissement et celui qui dit que notre sens, la grosse flèche blanche, est prioritaire. « Mais si une voiture arrive en face, on la laisse passer » (priorité au plus fort). On fait des incursions sur la route, mais on n’oublie pas qu’ici, on est chez les voitures (pourtant chaucidou et vélo prioritaire). Plus loin nous franchirons un beau dispositif pour ralentir les voitures : coussin berlinois + potelets pour protéger les bandes cyclables (qui deviennent des pistes un court instant) = rétrécissement de chaussée sans interruption de l’aménagement cyclable !!







L’intersection avec la rue Haute va nous offrir une mise en scène des plus réalistes. Des artisans ont placé leur camionnette, de sorte que la visibilité soit absolument nulle (merci d’ajouter ce genre de détails, ça doit coûter une blinde de sous-traiter à des boîtes privées, mais bon ce serait abusé de bloquer ainsi un véhicule de la municipale). Il faut donc faire un petit briefing préparatoire sur la manip à réaliser et vérifier la lecture des panneaux par les enfants.

– Nous quittons la commune de ?
– Saint-Jean-le Blanc !
– et nous entrons dans celle de ?
– Saint Denis en Val !
C’est très judicieux de passer par là, parce qu’on y voit le changement de philosophie de l’aménagement. La rue de Rosette quitte la configuration chaucidou. Il y a un bug cartographique ici, car durant les premiers mètres, la rue demeure « de Rosette » parce que d’un côté nous sommes encore à SJLB, mais de l’autre on est aussi déjà dans celle de Bransles (à SDEV). A ce point de jonction confus des plaques communales, nous basculons sur une sédimentation plus ancienne, plus désavouée aussi, celle de « l’espace partagé piéton vélo ».




Avoir le sens du partage (quand ça m’arrange)
Oui, on roule sur le trottoir les enfants, on avait dit qu’il n’y avait pas le droit de rouler sur le trottoir, mais comme il y a le panneau « voie verte » et des pictogrammes rigolos qui nous y invitent… c’est un peu comme chat perché, cabane, pouce…
Dans mon groupe, notre mono a omis de préciser que son utilisation était optionnelle (un simple oubli, dans le second groupe l’information a bien été donnée). Nous avons croisé deux cyclistes dans l’autre sens et ils ont opté pour monter sur le trottoir (alors que ce n’est pas de leur côté).
Comme le dit si bien le site de la sécurité routière (sur lequel je n’ai trouvé aucune info sur les giratoires soit dit en passant),
« L’obligation d’emprunter les bandes ou pistes cyclables est instituée par l’autorité investie du pouvoir de police après avis du préfet. ». C’est rare, mais « il est cependant fortement recommandé aux cyclistes, pour leur sécurité, de privilégier l’emprunt des voies qui leur sont dédiées. ». Donc y compris les optionnelles, facultatives, signalées par un panneau carré, aussi mal foutues ou ésotériques qu’elles puissent être, on vous recommande de suivre les pictos où qu’ils aillent (sans trop vous poser de question, la confiance).
Panneau rond = obligation, « tu dois » ; panneau carré = pour info, « tu peux ». Cette convention du code de la route est totalement contre-intuitive pour les locuteurs de la langue de Molière, car dans notre lexique, cette opposition géométrique désigne l’exact contraire, à savoir que le carré est associé à la rigidité, au caractère strict, qui ne dévie pas, alors que le rond est associé à la jovialité, à l’arrangement (on arrondit les angles) et même à la forte alcoolisation (être complètement rond comme une pelle).
Toujours sur le site de la prévention routière, la règle est simple :
Ne circulez pas sur les trottoirs.
Mais admets deux exceptions :
Seuls les enfants de moins de huit ans sont autorisés à emprunter les trottoirs, à condition de rouler à une allure raisonnable et de ne pas gêner les piétons.
et
Les cyclistes sont autorisés à rouler sur les voies vertes, les zones de rencontres ou les zones 30, sauf dispositions contraires pouvant être prises par les autorités municipales.
Il y a donc des exceptions aux exceptions (« dispositions contraires »), dans ce cas c’est la simple application de la règle en fait, je vois que vous suivez.
La rue de Bransles, comme la rue de Rosette, est bardées de rétrécissements et chicanes, mais la vitesse maximale autorisée reste 50. Ce qui est peut-être la raison pour laquelle on recommande exceptionnellement au vélo de rouler sur le trottoir (en contradiction avec la règle) en imaginant qu’il serait une voie verte (« Et si on disait que c’était une voie verte ? – Ah ouais, trop bien, comme ça on pourrait rouler dessus. »).

Une fois franchi le très délicat passage, ce point de bascule d’une logique à l’autre (ce raccord d’un tuyau en cuivre à un flexible en plastique d’un diamètre différent et qui tient forcément avec beaucoup de scotch), les enfants sont interrogés : » De quoi il faut se méfier dans un « espace partagé » ?«
– des sorties de voiture !
– des piétons !
– des panneaux et poteaux !
Ils ont tout trouvé en deux secondes. Après cette mise en garde, nous repartons en mode partage.



Non loin de là, un Dyonisien s’est donné un petit rôle de figurant dans cette superproduction orléanaise en élevant le partage à un niveau supérieur. Rien à branler (on est rue de Bransles pour rappel). Et oui les enfants, il n’y a pas que les sorties de voitures, il peut aussi y avoir des voitures stationnées sur un espace partagé. C’est aussi ça le partage, il faut tendre l’autre joue et descendre du trottoir finalement.
Merci à l’habitant d’avoir ainsi exposé son véhicule, mon seul regret étant qu’à cet endroit, on pouvait profiter d’un abaissement de bordure (bateau). Au niveau supérieur (ou la prochaine fois), il faudrait penser à le placer pour qu’il oblige les enfants à descendre une bonne grosse bordure, parce que là c’était trop facile pour eux.


Comment se placer quand la croix est un rond ?
Ensuite, la rue résidentielle devient champêtre et nous approchons d’un petit giratoire (mode facile), nous irons à gauche, vers la rue de la Loire. C’est le moment d’une petite formation sur la prise de giratoire à vélo. Je suis étonné de l’instruction « placez-vous à l’extérieur de l’anneau, tendez le bras gauche quand vous ne sortez pas, le bras droit quand vous sortez ».



Je pense devoir ma survie à l’habitude prise très jeune de ne pas suivre les bandes cyclables dans les giratoires (au combien nombreux à l’Ouest), de me placer au centre afin qu’on ne puisse pas me doubler avant, comme dans l’anneau (ou alors par la droite). J’ai sûrement été haïs pour cela, mais je suis vivant. Avec le temps, j’ai découvert que ma transgression des règles n’était pas qu’une intuition anti-cisaillement relevant du pur instinct de survie, mais que des autorités compétentes validaient cela. J’ai lu des documents allant en ce sens, comme celui-ci du CEREMA en 2014, ou plus « récemment », dans Les indispensables de la circulation à vélo en ville 2021 Florent Boillot et Pierre Vinant (Université Gustave Eiffel) (p.10-12, moi je suis même plus à gauche que les recommandations de ces auteurs, qui orientent vers le centre-droit).
Me voilà conforté par cette citation : « Si le carrefour circulaire comporte une bande cyclable, ce qui n’est plus recommandé, n’en tenez pas compte et faites comme si elle n’existait pas en roulant à sa gauche » Vive la France, j’ai envie de dire. C’est sûr qu’on ne se facilite pas la tâche pour expliquer les règles du mille bornes aux enfants.
Nantes Métropole et le CEREMA ont expérimenté des marquages au sols différents, plus centraux. Il me semble qu’une modification de la loi autorise ce guidage central, donc le législateur valide aussi (je ne retrouve plus ma source, désolé). Après discussion avec le moniteur (en aparté, je ne voulais pas lancer le débat devant les enfants), il avait lui-même vérifié ce point avec son référent : la consigne est et demeure « on sert à droite », même si on tourne à gauche.
Il faudrait vraiment clarifier ce point et qu’il n’y ait plus d’ambiguïté possible sur ce sujet. Comment doit-on se placer dans un giratoire à vélo ?? Je n’ai pas trouvé l’information officielle sur le web, à part Ouest-France qui dit go au milieu. Et toi, cher ami lecteur, comment négocie tu l’intersection tourbillon ? Tu te situes où ? gauche, centre-droit, extrême droite ?
Revenons-en à ce petit giratoire tout mignon, qui est une pépite de signalisation verticale. Nous avons bien fait de nous en éloigner rapidement, car le moniteur aurait été bien embêté qu’un enfant le questionne sur la signification des trois panneaux aire piétonne qui résident en ce lieu. S’il fallait que je réponde à sa place : mystère et boule de gomme… Z’avait trop de panneaux… Z’ont confondu avec attention passage piéton… Cette flore est spontanée, ça pousse comme les poireaux dans le champ d’à côté… Peut-être des leurres, posés là pour vérifier si les écoliers détecteraient l’anomalie (gros moyens décidément). Il fallait repérer l’incohérence dans l’énoncé du problème. Malins comme ils sont, les petits génies ont certainement compris qu’il ne fallait pas tenir compte de cette erreur manifeste (probablement d’origine humaine). Si la rue de Loire était une aire piétonne, un panneau fin le signalerait dans l’autre sens de circulation, tout le monde le sait.







C’est pour embrouiller les voitures autonomes ??
La rue débute par un rétrécissement sur lequel nous sommes prioritaires (l’obstacle est à gauche, c’est donc juste la règle qui s’applique). Aucun aménagement cyclable, pas de limitation de vitesse, nous sommes dans la vie dans la vraie, celle où nous cohabitons avec nos contemporains motorisés. Ici nous n’avons plus de traitement de faveur cyclable, d’emplacement dédié (pour le meilleur et pour le pire) nous sommes des usagers de la route comme les autres. Comme ça ne circule pas beaucoup, moins que sur l’axe Rosette/Bransles, on se sent en sécurité. Pas besoin d’aménagement dédié ici.


Nous voilà déjà à la bifurcation suivante qui mérite sa petite photo : à gauche rue du désert, à droite, rue de la boulaie. On ne va pas envoyer les mômes dans le désert !


Digression : ce toponyme n’est pas innocent, les locaux veulent nous faire croire qu’il ne faut pas aller dans cette direction, ça craint, n’y allez pas. J’ai fait un petit détour lors de mon second passage : c’est que du bluff. Ce n’est pas du tout désert, plutôt de belles grosses baraques, il ne reste plus qu’une parcelle ou deux non construite. Un bunker sort de terre. Dans son prolongement, rue de la Grisonnière, une villa fait face à un terrain derrière le portail duquel se trouve une déchetterie de plein air. La fumée qui s’en dégage n’est pas celle d’un barbecue, ça sent le pneu cramé. C’est con, t’es allé de planquer dans le désert pour découvrir que le voisin d’en face tient une déchet’ artisanale. Sur une photo aérienne, la parcelle s’élargit, elle est immense et fait peur à voir.


C’est bien pratique de tourner à droite, car les autres branches de ce T ont un stop. La rue de la Boulaie débute dans une continuité logique, sans aménagement, sans limitation de vitesse, mais voilà déjà un panneau 30, pour un dos d’âne, qui précède une intersection. Nous tournons à gauche, pour nous engager dans la rue de la Fromentée, toute neuve (pas de véhicule en face à qui céder le passage). Elle débute par un rétrécissement sur lequel nous devons céder la priorité en face (mais il n’y a personne, par manque de volontaires sûrement), puis nous voilà sur un chaucidou du plus bel effet. Là encore, un véhicule a été gentiment stationné (que de moyens alloués à cette mise en situation) pour que les enfants comprennent bien l’ampleur du gouffre qui sépare la théorie de la pratique. Le marquage au sol me dit de me placer à cet endroit de la chaussée, mais si un quelconque obstacle s’y trouve, il faut s’adapter : pivoter la tête en arrière sur la gauche, s’il n’y a personne, tendre le bras gauche, puis contourner, sinon ralentir et laisser le véhicule derrière nous doubler.





Nous voilà déjà arrivés au pied de la levée (une digue du bord de Loire), où un mini aménagement nous invite à un exercice assez technique : le cédez le passage en pente. Si un véhicule roule sur la levée, nous devrons nous arrêter avec une forte déclivité, ce qui ne sera pas simple.
Mettez une vitesse facile, prenez de l’élan, on va devoir monter cette bosse !! Par chance (ou manque de moyens alloués à l’expérimentation) aucun véhicule ne passe au moment critique. Ce n’est déjà pas facile de gravir ce mini-sommet (Orléans c’est tout plat, ce n’est pas ici qu’on forme les meilleurs grimpeurs) en file indienne. Il suffit que votre prédécesseur soit en difficulté pour être obligé de poser pied à terre.
Nous roulons ensuite sur la levée. Sur cette portion, des véhicules peuvent circuler pour se rendre à un parking. Nous n’en croisons aucun, ce qui est plus agréable, mais nous fait louper l’expérience de se faire doubler par, ou de croiser, une voiture sur cette voie étroite, ce qui peut obliger à poser pied à terre et se positionner sur l’accotement.
Paradoxalement, c’est là que s’est produite la chute. La petite, serrant trop bien sa droite, a quitté la chaussée dans un moment d’inattention, un peu comme on tombe dans un rail de tram. Elle a perdu l’équilibre lorsque, par réflexe, elle a voulu remonter sur le macadam avec un angle insuffisant (on peut descendre avec n’importe quel angle, mais pour monter, il faut le bon). Ses poursuivantes ont géré le freinage d’urgence avec une collision minimale, mais elle s’est fait mal au genou en se cognant contre le cadre. Je ferme la marche et suis le premier « secouriste », l’enseignant arrive très vite, elle se relève, essuie ses larmes et remonte sur le biclou. Il nous reste quelques tours de pédalier à parcourir avant la pause sur la portion interdite aux véhicules motorisées. Les deux groupes se réunissent, c’est le moment d’une pause, mais aussi la fin de l’expérience dans la circulation générale.


Nous continuerons à pédaler dans des espaces protégés, prenant des chemins de traverse pour améliorer le mode cross : la plupart sont à l’aise, mais pour quelques un, ce type d’exercice est essentiel. L’expérience a duré une heure et demi ou deux heures, mais c’est à cause des nombreuses interruptions pour explication. Geovélo nous dit que ce parcours dure une vingtaine de minutes. Mettons trente, parce qu’ils ont des petites jambes (et encore, il y a des petits qui ont un bon coup de pédale). Quand j’ai dis à ma fille que j’avais refait le circuit et qu’il ne représentait que vingt minutes en solo, elle m’a rétorqué : « Normal, on faisait que de s’arrêter tout les dix mètres » et non « c’est normal, t’es un adulte, tu roules plus vite »
Après un pique-nique au soleil sur l’aire de jeu du héron géant, la séance de l’après-midi sera consacrée au vélo loisir en espace protégé, une bien belle balade. Les enfants doivent apprendre à être des cascadeurs sur deux roues, à tomber, se relever, freiner plus tôt, regarder partout. Une fois que tu es vraiment bon, niveau équilibre, que tu sais éviter les branches, les ronces, les racines, les pierres, parce que tu t’en es mangé quelques-unes. Alors seulement tu peux passer au mode jungle urbaine avec les feux, les panneaux, les voitures, les camions, les poteaux… Lire cet espace en chantier permanent, détecter le pavé glissant, la bordure qui ne pardonne pas toujours, l’ouvreur de portière distrait, cela requière une vigilance de tous les instants. Ce qu’il faut apprendre, c’est être à l’affut comme une bête traquée, être vif comme un écureuil, il y a tellement de prédateurs et de pièges possibles. Si conduire une voiture suppose une éthique propre au maniement d’une arme mortelle (se savoir dangereux), rouler sur un vélo suppose de se savoir être une proie facile et vulnérable qui lutte à chaque instant pour sa survie (se savoir en danger).


espace partagé vélo/voiture à 15 (30 divisé par 2 ou la moyenne entre 10 et 20 ??)


En conclusion, le SRAV c’est bien, mais on peut mieux faire. A minima, changez les selles, parce que le modèle actuel est traumatisant. Ce serait dommage d’abandonner le vélo à cause de l’inconfort occasionné (et des douleurs qui durent encore pour moi et je n’ai fait qu’une journée, pas les deux).
Il me semble nécessaire d’ajouter un ou des modules en situation encore plus réelle, un niveau supérieur de réalité. A savoir, pas à la queue leu leu avec des chasubles fluo, en individuel, car l’épreuve de conduite auto ne s’effectue pas avec un convoi d’autoécole escorté par des moniteurs. (Il faudrait tout de même un accompagnant, on est d’accord). En milieu plus hostile, plus circulé, avec des feux, des raccords étranges entre aménagements pour certains douteux. Le coaching individuel sur l’itinéraire du collège me semble un service à proposer pour les intéressés, pour convaincre leurs parents.
Aujourd’hui, le SRAV, c’est un peu comme considérer qu’un enfant sait faire à manger, une fois qu’il a appris la cuisson des pâtes. Il n’est pas forcément prêt pour l’utilisation des couteaux japonais, de la mandoline ou de la friteuse. Si son itinéraire quotidien, c’est des pâtes (de belles pistes cyclables), il saura faire. En revanche, s’il doit mettre dans sa gamelle un itinéraire gastronomique ou étoilé, ça risque d’être un peu compliqué pour lui.
Une dernière remarque, de déMobiliste, c’est dommage de faire rouler un bus ! La sortie à vélo, depuis l’école, possède l’avantage d’explorer en selle un quartier connu, avec sa circulation réelle. Pour les petits du centre, les quartiers résidentiels du Sud Loire, c’est bucolique, mais loin du trafic routier qu’ils connaissent. Amener son vélo à école permet aussi à l’enseignant de voir qui n’en a pas (c’est peut-être eux qu’il faut former davantage). L’ile Charlemagne, c’est idéal pour le vélo loisir et pour l’entraînement en zone sécurisée. L’excursion autour, comme je l’ai montré, est parfaite pour débuter dans la circulation générale. Mais après faudrait passer au niveau hard : rouler avec les bus sur les mails, visiter la plateforme du tram, pédaler dans des rues longées de portières, se positionner dans un sas vélo… tout cela se trouve à quelques tours de pédalier de l’école.

C’est l’entraînement de base de l’élite cycliste orléanaise
Faudrait peut-être que je donne des cours particuliers de vélo en ville pour futurs collégiens, ça existe dans acadomia ?