Préambule/carte postale
En cette rentrée, après un long silence, lié à quelques déceptions professionnelles et l’abandon d’un certains nombre de projets de billet sur ce blog, il faut que le déMobiliste reprenne du service, sous peine de disparition imminente.

Cet été, j’ai lâché le taf : une démobilisation totale. J’ai déserté les réseaux sociaux pendant deux mois et arrêté d’ouvrir ma boîte mail pendant trois semaines. Quitte à ne pas gagner d’argent, plutôt que de répondre à des AO (appels d’offre) pour ne pas les remporter et ne proposer des devis que pour faire accepter ceux de la concurrence, j’ai préféré faire du greenwashing. Et oui, je suis comme ça moi, j’ai repeint le salon en vert Palatin (à peu près la couleur du fond de cette page, maintenant que je l’ai sous les yeux). Cela évitait de payer un peintre et me permit de progresser en enduit, mastic, scotch, sous couche… Au pic caniculaire, j’étais donc trempé, en nage sous ma combinaison, perché sur un escabeau avec le rouleau au plafond (en blanc lui) dans un rez-de-chaussée vide et bâché comme chez Dexter. Pas la marque de rouleau, non, celui du célèbre tueur en série de la série. J’avais donc cette mélodie dans la tête et un climat chaud et humide comme j’imagine celui de Miami. Le fabricant de peinture recommande d’aérer, mais je ne pouvais pas, car la température intérieure était déjà trop élevée, alors l’extérieure, n’en parlons pas.
Je me suis également lancé dans un chantier cabanon dans le jardin et j’ai construit des moustiquaires parce que les tigres m’ont empêché de lire dans le hamac… L’infestation est telle qu’en août, on devait choisir entre ouvrir pour rafraîchir et fermer pour empêcher les assaillants d’entrer.
A la base le bricolage, ce n’est vraiment pas mon truc, pas du tout. Heureusement, je me suis trouvé être le jeune padawan de mon voisin Rico, un grand Maître Jedi du domaine. Il m’a tout appris et a si bien travaillé le bois, que ce qui au départ n’était que le projet « cabanon » est devenu « l’appentis ». Sur une aussi belle charpente, il faut une couverture digne de se nom, me voilà donc qui frotte des tuiles, l’aventure se poursuit avec un stage d’initiation couvreur…






Voilà où j’en suis, j’ai fait des trucs concrets et c’est très bon pour le cerveau, les yeux (moins d’écran) et l’estime de soi. En effet, le chantier avance, il peut ralentir et accélérer, mais à la fin c’est mieux qu’au début et c’est vraiment satisfaisant (dopamine à gogo).
Tout cela a induit un peu de logistique, forcément. Pour la structure en bois et les tuiles, il a fallu l’aide d’un moteur thermique. Mais il y eut aussi pas mal de cyclologistique depuis Leroy-Merlin. Un premier sac de béton tenait tout seul sur le porte bagage. Je savais que ça passait, car il pesait le poids de ma fille, 30kg. Toutefois il fallait une conduite souple, se méfier de chaque bordure ou ressaut, car le sac de béton n’a pas de bras pour se tenir à ma taille et je n’avais pas fait l’effort de le ligoter. Comme ce premier sac ne suffit pas à couler 4 plots, une seconde livraison exigea l’emprunt d’une remorque pour transporter 2 sacs en une seule course. Ce chargement représentait mon propre poids tracté par mes seuls petits mollets (heureusement que le secteur n’est pas montagneux, le moindre faux plat montant imposait un effort considérable, même en moulinant). Vous imaginez bien les conditions de température et d’ensoleillement, avec des choix horaires toujours stratégiques, genre 13h. Loin de moi l’idée de me plaindre, car il faut dire que j’adore sortir de la cour des matériaux avec un vélo, c’est mon petit plaisir. Déjà dans la file d’attente des voitures, je jubile. J’ai également baladé des tasseaux de 2,5 m façon chevalier avec sa lance (hommage à Jeanne d’Arc) pour fabriquer les moustiquaires (trajet effectué à deux reprises).
Mon record absolu est le transport d’une gouttière de 3m50 sur l’épaule, pas du PVC, non du galvanisé, avec les fixations et tout, une affaire réalisée sur le bon coin (comme les tuiles, c’est du réemploi). Les gens que j’ai croisé ont bien rigolé sur la piste cyclable Gaston Galloux. Il faisait chaud (comme d’hab’) et mon ombre était impressionnante avec ce lance roquette démesuré. Par moment, le point haut de ma cargaison à l’arrière touchait le feuillage des arbres. La prise au vent était considérable, surtout sur le pont Thinat. Tout cela sans gant ni casque, sinon ce ne serait pas drôle.
L’autre jour, pour changer (et pour avoir des écouteurs), je suis retourné à Leroy-Merlin, mais cette fois à pied et je suis revenu avec mes trois bandes de rive en zinc de 2m de long sur l’épaule. Une fois encore, j’ai pris un malin plaisir à revenir en traversant le centre-ville. J’adore quand je croise des gens qui trimballent à la mano des objets improbables, alors c’était un honneur d’offrir à mon tour ce petit bonheur à mes contemporains.
A l’aller de ce trajet, j’avais aperçu 3 morceaux de bois, bien droits, sur le banc de sable de la Loire, en bas de chez moi (j’appelle ça Solferino beach). Donc au retour, je suis allé les chercher. Je les ai ramené en une fois, car ça m’évitait de le faire en triple, mais ça pesait un âne mort, c’était vraiment ma charge maximale utile, j’ai galéré à faire 100 m. Mais j’ai adoré la traversée du passage piéton, avec mes bout de bois de 3,5 m. Je pensais à la perception que devait avoir de la scène les automobilistes qui m’ont laissé traverser : c’est quoi ce bucheron sur le quai de Loire ? En même temps, j’avais une barrière de passage à niveau dans les bras, je pouvais couper la circulation si je voulais, ils n’avaient pas d’autre choix que me laisser passer. En fait, je faisais exactement comme on a toujours fait par ici, quai du Fort Alleaume, en témoigne la façade sur laquelle est inscrit BOIS MATERIAUX & CONSTRUCTIONS, je remontais du bois charrié par la Loire, mon logement se trouve dans une ancienne menuiserie. C’est cohérent.




Je n’ai pas retrouvé le cycliste avec un écran plat sous le bras.
Bref, je me suis bien occupé. Ma trésorerie, c’est de la neige par 41°C, je me paupérise, c’est moralement pas évident, mais physiquement je suis en pleine forme. J’ai tellement coupé du boulot, que j’ai omis de déclarer mes 0 euros de chiffre d’affaire à l’Urssaf dans les délais (je n’ouvrais plus les mails). Cet été, j’ai aussi eu la chance de voyager un peu. Peut-être que je vous raconterais un jour la Costa Brava, Gérone et Raiponce, les trains espagnols, quelques panneaux croisés en chemin…
Je m’égare un peu, mais c’est pour donner des nouvelles. Je suis en vie et j’espère que vous aussi. Si vous lisez, normalement c’est bon, donc bravo, vous avez survécu à l’été 2026, qui sera hélas peut-être le moins chaud du reste de notre vie. Une bonne initiation au bricolage (j’ai aussi testé le blanc de Meudon et les rideaux extérieurs). N’hésitez pas à me donner des vôtres.
Pourquoi s’intéresser à l’élevage en plein air en cette rentrée des classes ?
J’ai mis de côté tout un tas d’autres sujets, car en réaction à un post de Nicolas Lovera, j’ai éprouvé une nouvelle fois le besoin de parler de la zone du dehors. Pas l’excellent livre de Damasio, mais celle où devraient grandir et que devraient explorer les enfants. Il se trouve qu’en cette rentrée, j’arrête définitivement l’accompagnement vers l’école, car la petite va désormais au collège (je n’ai plus le droit). L’ADEME a justement sorti son guide Aller de soi pour favoriser l’écomobilité des enfants. Souvent, ce sujet se focalise sur le trajet de l’école. Les activités sportives (ou créatives/associatives) sont aussi des motifs de mobilité pour les enfants. C’est là qu’ils s’éduquent à la mobilité, sur leur temps libre.
En cette rentrée le gros sujet, c’est aussi la chute du niveau scolaire. Notez qu’il n’est pas sans lien avec le mode de déplacement pour se rendre à l’école. Les scientifiques ne sont pas unanimes (c’est de la science encore en train de se faire, chère à Bruno Latour), mais il semblerait que marcher ou pédaler pour aller à l’école permette d’allumer le cerveau, d’augmenter les capacités cognitives, d’apprentissage et les résultats scolaires. C’est par exemple ce qu’affirme en 2023 cet article du European Journal of Public Health qui relate une étude portant sur 34000 adolescents finlandais. Cela semble juste logique : la dépose en voiture, mais aussi dans une certaine mesure en Babboe, a pour effet un enfant qu’on déplace rapidement et abrité, comme un colis chronopost. A l’arrivée, le paquet n’est pas encore réveillé, qu’il est déjà assis sur sa chaise pour la journée. Ce n’est qu’à la récré de 10h00 qu’il va activer son petit corps. C’est ma première observation.
La seconde, qui n’a échappée à personne et que notre ministre de l’éducation s’empresse d’évoquer, c’est la faute aux écrans. C’est pratique, on occulte le séparatisme entre école publique et privée ( ce n’est pas qu’à Perpignan, je l’observe aussi à Orléans et j’affirme que l’entre soi n’a jamais tiré la moyenne vers le haut), les manques de moyens chroniquement investis dans l’éducation nationale (un choix budgétaire). La baisse du niveau des profs : faute de vocation, de statut valorisé, de salaires attractifs, on a été moins sélectif dans le recrutement, on a moins formé les formateurs (donc ça finit par se voir)…
Oui le temps d’écran a augmenté et celui de la lecture a baissé, on le sait (bien que l’enquête de l’INSEE sur les emplois du temps se fasse attendre depuis longtemps). Mais ce n’est pas que chez les enfants, chez leurs parents aussi. Les réseaux sociaux et leur déluge de contenus n’affectent pas que les moins de 15 ans. Le niveau de français a baissé (le mien aussi, heureusement la rédaction d’une thèse m’a obligé à revoir quelques règles de grammaire, mais ça se perd –> il suffit de lire ce blog). Des fautes se glissent dans les conversations écrites par SMS, parce que c’est long et compliqué de taper (surtout à l’époque du nokia 33.10), que parfois le correcteur automatique ajoute des fautes (c’est mon excuse, mais ça arrive vraiment, je vous assure), mais aussi parce que le niveau baisse globalement. On lit des orthographies folkloriques partout, dans les forums, dans les conversations whatsapp, mais aussi dans les mails pro, dans les bandeaux des chaînes d’info continue (on va dire que c’est la faute du stagiaire). En vieux réac technophobe, je préviens, je vais encore taper sur Lia. C’est bien gentil et pratique : les retranscriptions automatiques, les sous-titres qui se font tout seul, les messages qui s’écrivent en parlant, mais c’est pour le meilleur et pour le pire (je ne parle pas aux machines, par principe, déjà que je ne parle pas avec tous les humains). Quand un habitant du Sud de la France vous parle du vent, le script automatique généré par le logiciel de traitement de texte vous parle du vin : « il y a beaucoup de vin aujourd’hui ». Progressivement, des fautes se glissent partout, y compris dans des contenus pourtant sérieux, des journaux de référence. J’ai arrêté de lire le Canard Enchaîné, mais les auteurs de la rubrique dédiée aux erreurs de leurs confrères ne doivent plus savoir où donner de la tête. A ce qu’il paraît, même au Canard le niveau baisse.
J’en arrive au dernier point, celui qui justifie ce billet : les enfants passent beaucoup de temps devant les écrans, parce qu’ils vivent enfermés et sont confinés (c’est antérieur au COVID19), car l’espace public leur est interdit : à cause de la peur des faits divers (très rares statistiquement, mais très effrayants : enlèvement, séquestration, viol ou assassinat par un inconnu malveillant) ET de la peur de se faire écraser par une voiture (tragédie bien plus commune), donc nous les séquestrons préventivement, ne les les laissons jamais seul, les déplaçons avec escorte entre domicile et enclaves pour enfant, aires de jeu, salle de sport… Et pour cause, l’espace public appartient aux véhicules motorisés. Nulle place pour eux ici, ils doivent être accompagnés par un adulte, qui doit leur tenir la main, sauf panneau aire piétonne (et parfois le logo mal dessiné, maintient la main de l’enfant tenue dans la main de l’adulte, je l’ai vu à Bayonne). Nos enfants sont élevés en captivité, incarcéré, c’est de l’élevage indoor, hors-sol. Des expériences de classe dehors existent, c’est chouette. Mais le vrai problème c’est qu’aujourd’hui, sur leur temps libre, les jeunes ne veulent plus sortir (et ça arrange bien les parents inquiets). Pour ma génération, être « privé de sortie » était une sanction, aujourd’hui il faut couper le wi-fi ET utiliser des brouilleur de 4G, « privé de téléphone » voilà une peine qui vraiment va produire son effet, faire couler des larmes sur un ado. L’incarcération, ça ne leur fait ni chaud ni froid, c’est leur fonctionnement habituel.

Le dessin montre un homme qui tient la main d’une petite fille
Petite collection « interdit de tout ».








Quand j’avais l’âge de mes enfants, je lisais beaucoup moins que ma fille, (mais un peu plus que mon fils, grâce aux Livres dont vous êtes le héros), je n’avais pas de téléphone portable et je passais BEAUCOUP de temps dehors, dans la rue.
STREET PLAYER FOREVER
Aussi loin que remontent mes souvenirs, je joue dans la rue, avec mes copains. On est à Lorient à la fin du siècle dernier, dans les années 80-90 : on a des K-Way flashy et des jogging fluos, des walkman à K7. Il pleut, enfin c’est du crachin, ça ne mouille pas, mais on est dehors. Ma rue interdit le transit sans le moindre panneau, ce n’est pas une impasse, mais une sorte de raquette, un lotissement dans la ville-centre. Si vous circulez ici en voiture, c’est que vous êtes proche du départ ou de l’arrivée, ou alors que vous êtes complètement perdu. Par conception, la vitesse y est limitée, à moins que vous ne vous preniez pour Colin McRae et que vous aimiez faire chasser l’arrière de votre Subaru (on me dit à l’oreillette qu’il est mort en pilotant un hélicoptère, c’est ballot, après avoir risqué sa vie dans autant de virages… J’ai choisi ce pilote pour le jeu vidéo, époque Playstation 1, on avait déjà des écrans). En effet, le tracé sinueux de la rue impose une allure modérée, mais surtout, vous n’avez pas envie d’écraser un gamin, le vôtre où celui de vos voisins (même s’ils sont un peu trop bruyants à votre goût, il y en a dans tous les coins). Bien plus tard, un panneau 30 sera installé, puis un panneau Zone de Rencontre. Ici la réglementation et la signalisation n’ont fait que suivre avec retard, une pratique avérée et une configuration inhibitrice de vitesse.
La publicité peut rire de l’idée consistant à faire ralentir le flux des voitures par la présence des enfants mais, très sérieusement, il n’est pas besoin de partir dans un délire : si on autorise tous les enfants à marcher sur la chaussée, cela réduira la vitesse pratiquée, mécaniquement. Il y aura des morts au début, c’est l’effet de surprise, le fameux Kinder surprise, mais l’immense majorité des automobilistes ne sont pas des tueurs d’enfants, à ma connaissance, d’où les « attention enfants », « pensez à nos enfants », qui prolifèrent ici et là depuis des années etc… L’idée étant qu’un ballon peut malencontreusement traverser la voie et qu’un gamin ira le récupérer pour que la partie reprenne.










Revenons dans mes souvenirs, sur le bitume, nous jouons au foot, au tennis au volley et au badminton sans filet, il y a aussi cette sorte de balle en caoutchouc arrimée à un plot par un élastique, vous pouvez jouer seul au tennis, la balle revient comme un boomerang … Je ne sais plus comment ça s’appelle. Si, j’ai trouvé : un jokari !
Pour le basket, c’est plus compliqué, parce qu’à l’époque Décathlon n’a pas encore inondé les lotissements de ses paniers Tarmak, (il n’a pas encore ouvert à Lorient) alors on enjambe la clôture qui nous sépare du collège/lycée privé attenant : Saint Jo. J’ai pratiqué l’urbanisme temporel, bien avant de connaître ce concept, en culotte courte déjà, on mutualisait les équipements, on densifiait leur usage. D’un côté, on manque de terrains de sport pour occuper les gamins le week-end, de l’autre les écoles qui en ont toutes, sont fermées et vides. Heureusement qu’on n’a pas attendu la circulaire.
Cet établissement privé a dû remplacer son grillage à maintes reprises, parce que nous voulions faire du basket à 100m de chez nous et que leur installation ne servait à rien la moitié du temps (vacances + week-end, je ne compte pas la nuit). Donc certaines mailles du grillage avaient tendance à s’agrandir avec nos pieds et sa structure à s’aplanir. C’était une sorte de module d’escalade pas très bien pensé. Nous vivions dans la crainte d’un vigile et on se faisait peur (notamment des chiens de garde). Donc de temps à autre, nous prenions la fuite, il fallait alors enjamber la clôture en mode survie. La montée d’adrénaline faisait partie intégrante du jeu et la fuite avec saut d’obstacle de notre pratique sportive.
Dès que l’envie nous en prenait, on faisait du vélo, du roller, du skate dans notre rue (je n’ai pas eu de trottinette). Nos parents n’avaient pas besoin de surveiller. Il suffisait d’ouvrir la fenêtre pour nous interpeller. Comme le terrain est en pente, on pouvait faire des courses de descente (allongé sur le skate). On bricolait des tremplins. Oui, on a fait les cons, on s’est égratigné les genoux, détruisant quelques pantalons au passage. Un copain plus âgé, Séb, avait bricolé une caisse à savon (déjà la passion Véli). Il l’avait dotée d’un petit extincteur pour en faire un camion de pompier fait maison ! On s’exerçait au vélo debout : un pied sur le cadre, l’autre sur la selle. On a même essayé le foot à vélo, un sport qui n’est jamais devenu olympique. Le problème, c’est quand tu roules sur le ballon, tu tombes. Bref, comme tous les gamins de cette époque, on inventait des jeux étranges, débiles même, aux règles adaptées aux dimensions du terrain qui était le nôtre et fonction de l’équipement à disposition.
L’asphalte est dur, nous pratiquions nos activités sportives de plein-air sur un « tatamis recouvert de béton armé » (Swift Guad, poignée de punchlines). Ce n’est pas très safe, pas très sécure. Je l’ai appris très tôt à mes dépends, lorsque mon voisin Yann, un grand, m’a suspendu par les pieds. Je n’étais pas sa victime, c’était un jeu, on rigolait bien, mais notre numéro d’équilibrisme n’était pas au point, il a lâché (pourtant je ne pesai pas bien lourd). Grosse bosse ++, urgence, radio, traumatisme crânien, nuit d’observation à l’hosto. Ça doit venir de là mon pète au casque. Je ne lui en ai jamais voulu et c’est peut-être grâce à lui que je n’ai jamais été un vrai casse-cou par la suite. La dureté du revêtement est une forme de prévention ou plutôt de vaccination (le système immunitaire mémorise très bien ce genre d’événement). D’ailleurs la cours de récré était faite du même matériau et le tape-cul m’a parfois catapulté du fait d’un poids inférieur à celui de mon pendant. Au collège, les ballons sont interdits, donc nous jouons au foot avec une balle de tennis sur un terrain de handball goudronné. Les chaussures droites ont tendance à s’user prématurément à l’avant…
Même seul, j’ai passé des heures à faire un mur, non que je fusse apprenti maçon, cette activité consistait à taper dans mon ballon de foot contre le pignon d’une maison qui donnait sur la rue (c’était un garage derrière, mais le bruit devait saouler grave). On pouvait jouer à plusieurs (comme à la pelote basque) mais aussi en solo, le mur devenant partenaire de jeu. Toujours sur le macadam, j’ai passé des heures à jongler, je crois que j’ai déjà atteint les 100 jongles au pied, avec mon ballon. Il n’y a pas de témoin, donc ce record n’est pas homologué. Des centaines d’heures à faire du diabolo. Sachez que ça ne se perd pas, j’arrive encore à passer tous les tricks que j’ai appris à cette époque, je le ressors une fois tous les 10 ans (mais j’ai cassé la ficelle).


La rue de mon enfance est une exception. OUI. Déjà, parce que c’est ma rue… Je rigole. Elle n’est pas si exceptionnelle que ça, parce qu’il en existe d’autres de ce type. La pop culture nous montre que ça existait aussi ailleurs, même en Amérique du Nord. Quand j’étais au collège, tous les ados étaient fans de Mike Myers et j’ai l’air de ne pas être le seul à trouver culte la scène « Voituuure !!!! Engagement !! ».
Quand j’ai lu le post de Nicolas Lovera, c’est à cette scène que j’ai pensé en premier. Bah oui, parce que si tu joues au foot dans ta rue (comme Wayne et Garth font du Street Hockey), à chaque fois qu’une bagnole passe (et il y en a, car la circulation n’est pas interdite, la rue en question n’est pas piétonne), on s’arrête, on bouge la cage (deux pulls en vrac). La caisse passe et on recommence. La vie quoi. La cohabitation, le vivre ensemble avec les voitures (ou avec les enfants qui jouent, du point de vue de l’automobiliste).
Le partage de l’espace public, ce n’est pas une tranche découpée pour chaque usage, avec un grillage ou un muret séparatif pour le défendre, sinon on se retrouve avec une lamelle dont on ne peut rien faire et qui ne rassasie personne. Le city stade, c’est de l’élevage en cage.

(en vélo, je longe la Loire, là j’ai coupé). Petit détail technique, il n’y a plus d’anneau…

Des rues à jouer, il y en avait d’autres. Nous étions plus âgés, plus boutonneux et un peu plus doués au skate, lorsque nous dévalions la descente de Padovani. Contrairement à son nom, elle ne se trouvait pas à Padoue, et bien plus tard, j’ai découvert qu’elle s’appelait en fait rue de Kerdual. Nous l’avions sélectionnée pour sa pente, son faible trafic et sa proximité pour notre groupe d’ados à roulettes. Nous étions en Californie, nous dévalions les pentes de Frisco comme nos idoles dans les VHS. Nous étions les premiers à disposer de longskate dans la bonne ville de Lorient, (merci Evasion, le surf shop local). A l’époque, les skateboards n’avaient pas de moteur électrique, donc avec une pente c’était mieux.

Je milite pour que toutes les rues résidentielles soient des ZdR et que la circulation de transit y soit interdite. Ce serait idéal si le législateur l’imposait à l’échelle du pays, mais il est déjà possible de le faire à l’échelle d’un quartier, d’une commune ou d’une intercommunalité. Les élus locaux peuvent le faire dès à présent. La ville 20. Je l’ai déjà écrit, mais comme personne ne me lit, je peux me répéter. Généralisation des zones de rencontre !!! On a le droit de marcher au milieu de sa rue (si ce n’est pas une artère), d’y jouer, d’y déplier une table (si on est prêt à la bouger, selon le principe Voituuure ! Engagement !!).

A la moindre occasion, une rue résidentielle devrait pouvoir se muer en terrain de sport provisoire. Je vous mets en image le fils qui fait du street basket rue de Solferino, je lui avais confectionné un terrain aux petits oignons, parce que la rue était coupée.






J’ai une expérience plus inavouable, traumatique même, qui me hantera jusqu’à la fin de mes jours, du sport de rue. Un jour où la circulation était coupée sur les quais de Loire, j’ai proposé aux enfants d’y faire un tennis. C’était un fantasme, je voulais qu’ils revivent mon enfance. J’ai tracé un terrain à la craie. On n’avait pas de filet, donc j’ai mis une corde orange, reliée à deux potelets. Ne le faite JA-MAIS. Malgré nos mises en garde, écrites à la craie, et nos cris à son approche, une femme qui n’avait pas vu que notre terrain temporaire était équipé d’un filet, et qui avait décidé avec son mari de rouler pour une fois sur la chaussée, et non la piste attenante, a fait une vilaine chute par ma faute : le coup de la corde à linge pour les amateurs de catch. J’en suis encore désolé et honteux. Pardon madame, j’espère que votre blessure s’est remise et que vous ne m’en voulez plus (je m’en veux encore). A tel point que mon épouse n’a jamais été mise au courant (ne lui dites pas SVP). Les enfants me ressortent régulièrement « mais vous êtes complètement inconscient !! » en private joke. Je ne suis vraiment pas fier de ce moment-là. On a retiré la corde, immédiatement. Et on a continué un peu le tennis (mais c’était moins drôle). A l’époque, je n’ai pas osé placer la réplique « Elle est vivante Thierry, le jeu reprend ! » suite à la chute de Stacy (mais pourquoi roule-t-elle sur le trottoir ?).


A ma décharge, je suis resté dans ma tête l’enfant innocent qui aime jouer dans la rue. Il se trouve que mes enfants n’ont pas eu cette chance. Ils ont grandi parqués dans des aires de jeux au revêtement molletonné, des tyroliennes sur copeaux de bois dernier cris, des modules majestueux en bois sculpté en forme de héron, des parcs et jardins parfaitement adaptés et sécurisés, mais qui reste des enclos, comme Guantanamo, gardiennés, sous la supervision d’un adulte. Ils n’ont pas eu à inventer des stratagèmes ou confectionner des aménagements temporaires faits de bric et de broc, des tremplins en contreplaqué, des cartons empilés pour réceptionner une cascade…
Avec eux, j’écume les city-stades de toutes les localités où nous passons une journée ou plus. Un jour peut-être, j’écrirai un article pour vous montrer l’étendu de ma collection de playgrounds. Je trouve cela super, qu’il y en ait partout MAIS, je trouverais encore plus super, qu’on soit autorisé à le faire soi-même dans sa rue résidentielle, en toute légalité et pleine sécurité. Qu’on puisse dès le plus jeune âge dire à nos enfants, allez dehors, construisez une cabane, faites vous un terrain de basket.
A ce moment-là, on pourra dire qu’on a fait une ville à hauteur d’enfant, comme le dit le slogan. Pas une ville, avec des coins dédiés aux enfants, des aires de jeux dédiées à leur âge, mais une ville où ils sont les bienvenus partout.

Elle n’est pas grande pour son âge, mais elle a 10 ans.
Ce type de bagnole est une plaie


Alors peut-être, passeront-ils moins de temps devant des écrans et nous pourrons faire pencher la courbe de PISA dans l’autre sens.

que vois-je ?





Et enfin en bonus, preuve que tout n’est pas foutu, le genre humain et son bon fond illustré par un mot glissé derrière un essuie glace, vu dans ma rue il y a quelque jours
